Art et culture - Le Palais des nains, vous en souvenez-vous?

Pierre Vallée Collaboration spéciale
À la seconde exposition des automatistes se sont retrouvés Marcel Barbeau, Pierre Gauvreau, Madeleine Arbour, Paul-Émile Borduas et Claude Gauvreau, des artistes qui avaient établi leur atelier dans le Plateau.
Photo: Maurice Perron Fonds Maurice Perron Musée national des beaux-arts du Québec À la seconde exposition des automatistes se sont retrouvés Marcel Barbeau, Pierre Gauvreau, Madeleine Arbour, Paul-Émile Borduas et Claude Gauvreau, des artistes qui avaient établi leur atelier dans le Plateau.

Ce texte fait partie du cahier spécial Plateau Mont-Royal

Le Plateau-Mont-Royal est reconnu pour être un quartier à forte connotation culturelle. C’est le cas aujourd’hui, mais ce l’était aussi par le passé. Bref survol du caractère culturel du Plateau-Mont-Royal, d’hier à aujourd’hui.

 

« Aujourd’hui, le Plateau est le quartier où l’on dénombre la plus grande concentration d’artistes au Canada », souligne Élisabeth Monast Moreau, responsable de l’exposition Vies de Plateau au Musée Pointe-à-Callière. Et cela ne date pas d’hier, selon Gabriel Deschambault, membre du conseil d’administration de la Société d’histoire et de généalogie du Plateau-Mont-Royal.

 

« À titre d’exemple, c’est dans le Plateau que des artistes comme Riopelle, Barbeau et Borduas ont établi leurs ateliers de peintre dans les années 1940, poursuit-il. Refus global est né dans le Plateau. » Mais qu’est-ce qui a bien pu amener ces jeunes artistes, qui voulaient casser le moule, à s’établir dans le Plateau ? « D’abord, certains d’entre eux, comme Riopelle et Barbeau, sont des natifs du Plateau, précise Gabriel Deschambault. Mais il y a aussi le caractère un peu hors normes du quartier qui joue. Le Plateau-Mont-Royal de cette époque, grâce à la présence de la communauté juive, était au fond multiculturel avant le temps. La mixité du tissu social a créé et crée toujours un quartier très vivant et ouvert, susceptible d’attirer les artistes. »

 

Personnalités marquantes

 

Ce ne sont pas les personnalités artistiques marquantes qui manquent dans l’histoire et l’actualité du Plateau. Il y a évidemment les incontournables que sont Michel Tremblay, Jean-Claude Germain et Gaston Miron. À ces derniers, il faut aussi rajouter, du côté anglophone, Mordecaï Richler et Leonard Cohen. « Peu de gens savent que deux de nos plus grandes figures de la chanson québécoise, soit Jean-Pierre Ferland et Ginette Reno, sont nées dans le Plateau, respectivement rue Chambord et rue Marquette », précise-t-il.

 

Plusieurs événements artistiques d’envergure qui ont marqué le Québec tout entier ont vu le jour dans le Plateau, dont évidemment Refus Global. « Mais il faut aussi se rappeler que la pièce Les Belles-Soeurs, de Michel Tremblay, a été créée au Théâtre du Rideau-Vert, qui fut aussi la première troupe de théâtre professionnelle francophone au Canada. L’Osstidcho a eu lieu au Théâtre de Quat’Sous, alors sous la direction de Paul Buissonneau. »

 

Lieux de diffusion

 

Le Plateau-Mont-Royal a toujours été bien pourvu en lieux de diffusion. Certains existent encore, tels le Rideau-Vert et le Quat’Sous, d’autres, comme les cinémas, ont changé de vocation, des nouveaux se sont ajoutés, comme l’Espace Go et La Licorne.

 

L’auditorium Le Plateau, sis dans l’école du même nom située dans le parc Lafontaine, a été, à partir de 1935, la maison de la Société des concerts symphoniques de Montréal, devenue en 1953 l’Orchestre symphonique de Montréal. Le grand Wilfrid Pelletier y a dirigé de nombreux concerts jusqu’en 1963, au moment où l’OSM emménage à la Place des Arts.

 

Culture populaire et religion

 

Il ne faudrait pas, selon Gabriel Deschambault, négliger pour autant la culture populaire ni l’importance de la religion sur le plan culturel. « Le Palais des nains, construit dans la rue Rachel au milieu des années 20, a été pendant de nombreuses années une des attractions touristiques les plus prisées du Plateau. » Il y a aussi le Théâtre des variétés, situé rue Papineau, qui, sous la houlette de Gilles Latulippe et de sa troupe, a déridé le public pendant plus de 30 ans.

 

La procession de la Fête-Dieu dans les rues du Plateau, bien qu’elle ne fût pas un événement artistique, peut être qualifiée de manifestation culturelle, tant l’engouement et la fierté qu’elle suscitait chez les résidants étaient grands. « L’importance de la Fête-Dieu est due à la présence des pères du Très-Saint-Sacrement, qui se sont installés dans le Plateau en 1890. Cette congrégation, la seule en Amérique du Nord à offrir à cette époque l’adoration perpétuelle, avait le don d’organiser des célébrations fastes qui attiraient les paroissiens. C’est cette congrégation qui a moussé la Fête-Dieu dans le Plateau. »

 

Créativité

 

L’exposition Vies de Plateau au Musée Pointe-à-Callière fait évidemment place à l’art et à la culture du Plateau. « Une section de l’exposition y est dédiée, où on évoque les grands noms et les grands événements, souligne Élisabeth Monast Moreau. Mais l’exposition a choisi aussi de se décliner en attirant l’attention sur les nombreuses formes de créativité qu’on trouve aujourd’hui et hier dans le Plateau-Mont-Royal, que ces dernières soient architecturales, urbanistiques, économiques ou même politiques. Cette créativité est donc soulignée dans tous les aspects de l’exposition. Par exemple, c’est dans le Plateau que sont nées les premières ruelles vertes. Dans notre esprit, cela dénote la créativité propre au Plateau-Mont-Royal. »

 

Ainsi, l’exposition Vies de Plateau a cru bon d’expliquer l’origine des escaliers extérieurs qu’on trouve dans le Plateau, une idée originale certes, mais peu pratique en hiver. « Il y a deux raisons pour lesquelles on retrouve ce type d’escalier dans le Plateau. La première est d’ordre hygiénique, lorsque la décision fut prise d’élargir les rues afin de faciliter leur entretien et de maintenir leur salubrité. Mais cela réduisait d’autant la surface des lots sur lesquels on pouvait construire, et les promoteurs, qui devaient loger des familles nombreuses, ne voulaient pas perdre d’espace intérieur. Ils ont donc eu l’idée de mettre les escaliers à l’extérieur. Une idée qui a plu aux instances religieuses de l’époque, qui l’ont encouragée, car elles considéraient les cages d’escalier comme autant d’alcôves permettant à leurs paroissiens de folâtrer. » Et c’est ainsi qu’a vu le jour un trait architectural caractéristique du Plateau-Mont-Royal.

 


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