Vol de tableaux aux Pays-Bas : le voleur rassure sur le sort des toiles et accuse… le musée

Bucarest – Des tableaux de Monet, Gauguin et Picasso dérobés aux Pays-Bas n’ont pas été détruits, a affirmé mardi l’auteur du vol, un Roumain jugé à Bucarest, tout en accusant le musée néerlandais Kunsthal de « négligence ».

 

« Les tableaux n’ont certainement pas été détruits. Je ne sais pas où ils sont, mais je pense qu’ils ont été vendus », a soutenu Radu Dogaru, qui a avoué avoir dérobé en moins de trois minutes, dans la nuit du 15 au 16 octobre 2012, sept chefs-d’oeuvre exposés au musée Kunsthal de Rotterdam.

 

M. Dogaru est jugé à Bucarest avec cinq autres complices présumés, dont sa mère et un ancien mannequin, pour un des vols de tableaux les plus spectaculaires du siècle.

 

Transportées en Roumanie dans des coussins, les toiles, d’une valeur estimée à 18 millions d’euros (environ 26 millions $CAN), ont été dissimulées dans le village de Carcaliu, dans des maisons et même dans un cimetière.

 

M. Dogaru a affirmé mardi qu’après son arrestation, au début de l’année, sa mère Olga les aurait remises à un « Ukrainien, Vladimir Vladimirenko, habitant à Londres ».

 

Au cours des derniers mois, ce jeune Roumain qui naviguait dans le milieu criminel a multiplié les déclarations contradictoires sur le sort des tableaux par la voix de son avocat, Me Catalin Dancu.

 

Ce dernier a d’abord laissé entendre en marge des audiences que les toiles seraient en Moldavie, puis que son client pouvait en restituer cinq, mais sans donner de preuves.

 

C’est toutefois la première fois que Radu Dogaru s’exprimait directement sur le sort des chefs-d’oeuvre devant la cour.

 

Des déclarations de Mme Dogaru affirmant qu’elle avait brûlé les tableaux dans le poêle de sa maison du village roumain de Carcaliu dans une tentative désespérée de détruire les preuves contre son fils avaient suscité une vive émotion dans le monde international de l’art.

 

Elle s’était ensuite rétractée, mais une expertise réalisée par le Musée national d’histoire de Roumanie a révélé que des cendres saisies dans la maison des Dogaru à Carcaliu contenaient les restes de trois tableaux peints à l’huile et fixés à leur cadre par des clous datant d’avant la fin du XIXe siècle.

 

Interrogé sur cette étonnante coïncidence, M. Dogaru a soutenu que sa famille disposait d’icônes des années 1800. Le directeur du Musée national d’histoire a exclu que les clous retrouvés puissent provenir d’icônes.

 

Olga Dogaru a refusé de s’exprimer mardi.

 

Son fils, tout en reconnaissant sa responsabilité dans le vol, a vivement critiqué le manque de sécurité du Kunsthal, évoquant même une plainte contre l’établissement pour « négligence » par la voix de son avocat. Malgré leur valeur, « aucun des tableaux volés n’était doté d’une alarme », indique un procès-verbal des autorités néerlandaises mentionné dans l’arrêt de renvoi des procureurs roumains.

 

Si le musée était déclaré « négligent », il devrait « répondre de manière solidaire » pour payer l’assureur des tableaux qui a déboursé 18 millions d’euros pour dédommager le propriétaire, soutient l’avocat de M. Dogaru.

 

Ceci réduirait la somme que pourrait avoir à payer son client s’il est condamné pour le vol et ne restitue pas les toiles.

 

Radu Dogaru risque une peine maximale de 20 ans de prison pour vol aggravé. L’éventuelle destruction des tableaux fera l’objet d’un procès séparé.

 

La prochaine audience aura lieu le 19 novembre. Aucune date pour l’annonce du verdict n’a encore été fixée.

 

Parmi les oeuvres emportées figurent une Tête d’Arlequin de Pablo Picasso, le Waterloo Bridge et le Charing Cross Bridge de Londres de Claude Monet et Femme devant une fenêtre ouverte, dite la fiancée de Paul Gauguin.

 

C’est au cours d’une tentative ratée de vente de deux de ces tableaux à Bucarest - un Gauguin et un Matisse - qu’une experte d’art roumaine appelée pour vérifier l’authenticité des toiles avait donné l’alerte à la police, conduisant à l’arrestation des suspects.