Pour que les musées remplissent leur mission

Le milieu des musées est calme et pondéré. Mais, devant la crise qui le secoue, il n’a pas hésité à tirer la sonnette d’alarme publiquement.
Photo: Pedro Ruiz - Le Devoir Le milieu des musées est calme et pondéré. Mais, devant la crise qui le secoue, il n’a pas hésité à tirer la sonnette d’alarme publiquement.

Les musées du Québec ont franchi le cap des 13 millions de visiteurs en 2012, selon les données compilées par l’Observatoire de la culture et des communications du Québec. Un record. Malgré cette affluence, les musées traversent des années de vache maigre. Alors qu’ils stimulent le tourisme, ces établissements sont parmi ceux qui en reçoivent le moins de retombées. Un malheureux paradoxe que soulève Michel Perron, directeur général de la Société des musées québécois (SMQ).

 

La question du succès était au coeur des discussions lors du Congrès de la Société des musées québécois (SMQ), qui s’est déroulé du 8 au 10 octobre dernier au Musée de la civilisation de Québec. Les stratégies, les impacts recherchés, la bonne utilisation d’une exposition blockbuster, l’équilibre entre la mission d’un musée et les risques à prendre, par exemple, étaient parmi les sujets mis sur la table. Des enjeux, en soi, rarement soulevés dans ce milieu.

 

« La concurrence a augmenté. Aujourd’hui, les gens en demandent beaucoup plus des établissements qu’ils visitent », observe Michel Perron, directeur de la SMQ. D’autant plus que les visiteurs fréquentent de plus en plus les musées pour plusieurs raisons : pour les expositions, évidemment, mais également pour les activités d’action culturelle. « Cette idée de performance, il faut la maintenir. Mais, pour la maintenir, il faut être épaulé. Et il y a un moment où ça prend des sous. »

 

Dans une entrevue téléphonique accordée au Devoir quelques jours après la clôture du congrès, M. Perron assure que la cohésion et la solidarité entre les établissements muséaux étaient palpables durant l’événement. Mais cette bonne nouvelle en cache aussi une moins bonne, selon lui. « Il faut bien voir que cette situation, c’est aussi un peu un cri du coeur, parce que le milieu en arrache, dit-il. Si on a tant besoin de travailler de façon concertée, c’est aussi parce qu’on manque de moyens. La situation est devenue extrêmement complexe dans les musées. On a besoin de travailler ensemble, en comprenant également que le monde associatif ne pourra pas répondre aux difficultés de chaque établissement. C’est très important. »

 

Le 9 octobre dernier, la SMQ a fait une sortie pour montrer son impatience. Dans un communiqué, elle a demandé à Maka Kotto, ministre de la Culture, de dévoiler « dans les meilleurs délais ses engagements et les actions qu’il entend mettre en oeuvre pour dénouer la crise actuelle ».

 

« Le milieu des musées, c’est un milieu calme et pondéré, rappelle M. Perron. Alors, quand ce milieu-là signale qu’il en a marre, c’est vraiment parce qu’on est rendu loin. »

 

Le 8 mai dernier, M. Kotto a annoncé la mise sur pied d’un groupe de travail, présidé par Claude Corbo, dont l’objectif est de se pencher sur l’avenir et le rôle du réseau muséal du Québec. Ce groupe devrait entre autres formuler des recommandations au sujet du financement. Après les états généraux des musées du Québec, qui se sont conclus en 2011 et ont débouché sur 73 recommandations, Michel Perron croit qu’« on n’est plus au temps des études ou des diagnostics. La table est mise. Maintenant, il faut que, de part et d’autre, on établisse des solutions à court, moyen et long terme. »

 

Michel Perron souligne que « ça fait très longtemps que les budgets stagnent ou presque. Là, il faut réinvestir dans un milieu en perte de vitesse. »

 

Il ajoute que, dans le réseau muséal, « il y a des pertes d’emploi. Il y a des musées qui ferment. On ne blague pas. »

 

Or mettre des sous dans les musées constitue un investissement qui rapporte à toute la société, soutient M. Perron. « On ne passe pas le chapeau. On ne quête pas. Il y a un rendement de l’investissement, parce qu’il y a toute une économie autour des établissements muséaux. »

 

Musée et tourisme

 

L’exemple le plus éloquent est celui de l’impact des musées sur le tourisme. Ces lieux attirent bon nombre de visiteurs étrangers et sont considérés comme des incontournables dans les guides ou les sites web de voyages. Pourtant, « lorsque des autobus arrêtent dans un établissement muséal, l’entité qui est la moins bien servie économiquement, c’est le musée lui-même, soulève M. Perron. Parce que le prix du billet d’entrée, que ce soit pour un touriste ou un visiteur local, c’est le même. En plus, la plupart du temps, il y a un rabais pour les groupes. Par ailleurs, le visiteur va être hébergé, va prendre des repas, va dépenser à plusieurs endroits dans la ville. Mais le dernier qui va avoir un rendement de l’investissement, c’est l’établissement muséal. »

 

Selon lui, il s’agit d’un exemple frappant du paradoxe dans lequel se retrouvent les musées du Québec. « On demande simplement que ces éléments soient pris en compte pour que les musées puissent avoir les moyens de jouer leur rôle correctement, parce qu’ils sont d’importants vecteurs pour le tourisme », dit-il.

 

 

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