Marché en expansion

L’installation de David Tomas expose toute une série de catalogues d’une maison de vente, catalogues qui parfois ont des thèmes, tels l’Afrique, la musique, l’Amérique latine.
Photo: Source Artexte L’installation de David Tomas expose toute une série de catalogues d’une maison de vente, catalogues qui parfois ont des thèmes, tels l’Afrique, la musique, l’Amérique latine.

Le marché de l’art semble de plus en plus dicter ses valeurs au milieu de l’art. Les foires d’art contemporain ou ancien se multiplient, étranges supermarchés pour gens riches en quête de décoration-placement haut de gamme. Et la grande majorité des journaux parlent uniquement d’art lorsque des oeuvres atteignent des prix records dans des ventes aux enchères.

 

L’artiste David Tomas se penche sur ce puissant phénomène des maisons de vente.

 

Tomas aurait pu traiter de Sotheby’s, société qui est maintenant cotée à la Bourse, avec ses 90 bureaux dans 40 pays, de Christie’s, qui propose des oeuvres qui valent de 200 $ à plus de 80 millions (c’est son site qui dit cela), ou de la maison de vente pancanadienne Heffel… Tomas a plus particulièrement remis en question l’image de Phillips de Pury Company, qui depuis 1999 est la propriété de Bernard Arnault, président de LVMH, groupe collectionnant bien des produits de luxe : Louis Vuitton, Marc Jacobs, Givenchy, Kenzo, Guerlain, Fendi, De Beers, Moët Chandon…

 

Tomas possède toute une série de catalogues de cette maison de vente, catalogues qui parfois ont des thèmes : l’Afrique ou l’Amérique latine (régions qui pour le monde des affaires sont aussi potentiellement « rentables » pour autre chose que leurs ressources naturelles), le sexe (oui, oui, on sait aussi être un peu coquin dans ce milieu très sérieux du marché de l’art)… Vous pourrez d’ailleurs consulter ces catalogues à l’exposition. Ce sont souvent des livres, parfois superbes, qui, comme l’écrit si justement Tomas dans son Guide de l’exposition, s’approprient plusieurs des éléments du catalogue raisonné, du catalogue d’exposition ou de l’article spécialisé fait par un historien de l’art ou un universitaire. Certains de ces catalogues sont parfois dédiés à l’analyse et surtout à la vente d’une seule oeuvre d’art. Le lecteur-acheteur y retrouve citations, notes en bas de page, historique de l’oeuvre, liste des expositions où l’oeuvre fut montrée, bibliographie associée à cette oeuvre, historique de ses différents possesseurs…

 

À travers cette installation, Tomas expose en particulier comment dans ce milieu (et pas uniquement dans ce milieu) la compréhension de l’art est de nos jours teintée par le « pedigree » de l’oeuvre. C’est par exemple le cas de ce Lot 508. Cette création de Tomas est en fait la recréation d’une pièce placée sur le sol du sculpteur minimaliste Carl Andre. Ici, les carrés en acier et en plomb ont été remplacés par une impression au jet d’encre sur papier marouflé rose et vert, ces couleurs se référant à celles du journal Financial Times et au billet de banque états-unien… Sur cette pièce sont imprimées toutes ces informations pertinentes. Cela va du prix estimé jusqu’au prix réel réalisé lors de la vente, en passant par la provenance… Pour voir l’oeuvre, il faut aussi lire ces informations.

 

Dans cette installation, Tomas en profite aussi pour expliquer comment le modèle d’affaires, qu’est devenu le marché de l’art, tente de faire de l’artiste « un entrepreneur » que l’on « place au coeur même de ce monde financier et symbolique ». Pourtant - doit-on le rappeler ? - ces ventes du marché secondaire ne rapportent presque jamais rien à l’artiste, rares étant les pays ayant une loi sur le droit de suite…

 

Cette exposition est pertinemment installée chez Artexte, centre de documentation qui possède peu de ces catalogues de vente et qui n’a pas la tradition de les acquérir. Il faut dire que, lorsque ce lieu fut fondé, en 1980, le phénomène des ventes aux enchères et de leurs catalogues était presque dérisoire. Voilà qui permettra donc d’analyser le phénomène.

 

Une oeuvre intelligente dont on attendra avec impatience le second volet.

 

 

Collaborateur