Des sans-titre qui virevoltent dans l’espace

L’exposition à la Battat Contemporary est le troisième solo dans la carrière de Jean-François Lauda.
Photo: Eliane Excoffier L’exposition à la Battat Contemporary est le troisième solo dans la carrière de Jean-François Lauda.

Un des peintres les plus prometteurs de sa génération, Jean-François Lauda, né en 1981, connaît en 2013 une année fort remplie, celle de la véritable reconnaissance. Il a vécu son premier solo hors Québec en avril, au centre VSVSVS de Toronto, participé en mai à l’exposition pancanadienne de la Galerie de l’UQAM, Projet peinture, puis à l’estivale Peinture extrême, lors du volet à la Battat Contemporary. C’est dans cette même galerie privée, située aux abords de la Petite Italie, que se conclut cette faste période, par un autre solo, son troisième seulement en carrière.

 

Tout un solo par ailleurs : la vingtaine de tableaux - des petits formats et trois immenses - ne forment pas un énième défilé de compositions. Entre les uns et les autres, qu’ils soient regroupés ou non, il y a une belle chimie. La première oeuvre que l’oeil aperçoit, un des grands formats, est dominée par une bande verticale noire, qui agit comme une colonne qui segmente une superficie donnée. Ou comme un muret qui laisse entrevoir ici et là des fragments d’autres éléments - dans ce cas, des pans géométriques de couleurs variées. C’est un peu ce que le visiteur expérimentera en salle : autour, devant et derrière cette première oeuvre, installée au centre de la salle, de nombreuses autres formes, couleurs et mises en espace virevoltent.

 

L’atmosphère qui règne chez Battat a beaucoup à voir avec l’espace, autant celui exploré sur la toile, à l’huile - appliquée par de multiples procédés, y compris au jet -, que celui, réel, dans la salle. Ce va-et-vient entre la matière et le lieu, entre l’objet peint et l’objet exposé, découle d’une grande confiance entre l’artiste et la directrice de la galerie, Daisy Desrosiers, qui s’est beaucoup impliquée dans l’accrochage des oeuvres.

 

La dispersion des tableaux repose sur un alignement strict ; les tableaux sont toujours à la même hauteur. Cette régularité, rehaussée par la ponctuation chromatique des petits tableaux (un cercle rouge ici, un rectangle orange là, une ligne jaune, une surface verte), a quelque chose de musical. Il faut rappeler que Lauda est aussi musicien, lui qui forme avec David Lafrance, autre peintre, Leboeuf et Laviolette, un duo aux sonorités électroniques et bruitistes. La peinture de Lauda n’a cependant pas le potentiel musical qu’avait celle d’Yves Gaucher. Reste qu’ici, chez Battat, il y a de l’orchestration de notes dans cette réunion de formes et de couleurs disparates.

 

Jean-François Lauda fait partie de ces peintres qui travaillent la matière presque d’arrache-pied. Et ce n’est pas parce qu’ils touchent peu au figuratif que lui, Jérôme Bouchard ou Daniel Lahaise ne fonctionnent pas avec minutie, qu’ils ne se préoccupent pas des détails. Chez Lauda, les repentirs, la superposition de couches et leur transparence, sont courants. Il s’exécute aussi par extraction, ou grattage, laissant réapparaître à l’occasion la surface d’origine. Instinctif, animé par la variété, l’artiste arrive à produire une superficie pleine de vie, comme usée par le temps.

 

Les tons gris, le travail par fragment et le motif de la trace qui dominent dans la peinture de Lauda pointent vers une esthétique du minimum pas inintéressante. Son choix pour l’absence de titres appelle également à la retenue. Avec la présence désormais notoire de figures géométriques, il évoque aussi d’autres courants. Et en bon musicien qui jongle avec diverses sources d’échantillon, il réussit à créer un tout cohérent et propre à lui.

 

Ouverte en 2009, la Battat Contemporary a jusqu’à maintenant peu défendu de jeunes artistes locaux, Sophie Jodoin étant officiellement la seule de son équipe. Jean-François Lauda bénéficie ici d’une invitation seulement. Or les deux, la galerie et l’artiste, gagneraient sans doute à s’associer à long terme. Ça devrait se concrétiser sous peu, puisque Lauda sera du voyage à la foire de Toronto, prévue en novembre.

 

 

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