Un coup de maître de René Derouin

Le polyvalent artiste René Derouin, après une carrière d’une cinquantaine d’années, semble réconcilié avec tous ses questionnements.
Photo: Roger Lemoyne Le polyvalent artiste René Derouin, après une carrière d’une cinquantaine d’années, semble réconcilié avec tous ses questionnements.

Avec une exposition (Fleuve) à la Grande Bibliothèque dont il est le commissaire et un livre (Graphies d’atelier) dont il est l’auteur, l’artiste multidisciplinaire René Derouin, qui s’est notamment fait connaître par le largage, en 1994, de 19 000 figurines de céramique dans le Saint-Laurent, frappe un grand coup cet automne - un coup de maître.


Si René Derouin assume les rôles de commissaire et d’interprète de son oeuvre, habituellement dévolus à des experts patentés, ce n’est pas par narcissisme. L’artiste né en 1936 dans un milieu ouvrier, et qui compte plus de 50 ans de carrière, s’est toujours méfié de ce qu’il appelle le « charabia prétentieux et petit-bourgeois » des spécialistes de l’art. Dans Graphies d’atelier, qui vient de paraître, il réitère la nécessité pour les artistes de prendre la parole.

 

En prenant les guides de l’exposition Fleuve, une rétrospective de son oeuvre à l’affiche de la Grande Bibliothèque jusqu’au 23 mars 2014, Derouin s’inscrit dans la même logique. Qui mieux que lui connaît son itinéraire depuis sa jeunesse à Longue-Pointe, sur le bord du Saint-Laurent, jusqu’au choc de la découverte de la culture et de l’art du Mexique, dès la fin des années 1950 ? Et depuis l’appel du Nord québécois à la fin des années 1970 jusqu’aux symposiums qu’il anime encore chaque été dans les Jardins du Précambrien, sa propriété de Val-David ?

 

C’est cet itinéraire que René Derouin reconstitue avec une concision et une concentration remarquables dans l’espace restreint de l’aire d’exposition située au sous-sol de la Grande Bibliothèque.

 

Surtout connu comme graveur et céramiste, Derouin a voulu condenser en images et en mots toute son oeuvre, depuis les premiers dessins et aquarelles exécutés sur le motif au Mexique, entre 1955 et 1957, jusqu’aux superbes papiers découpés en forme de vitraux de Chapelle -Capella, installation lumineuse réalisée à Percé en 2008. On peut y voir aussi, parmi des dizaines de gravures, d’esquisses de murales et de bois polychromes, une vingtaine de ces intrigantes statuettes du projet Migrations qui ont échappé au largage de 1994.

 

L’espace d’exposition, dont le parcours est parfois un peu labyrinthique, est divisé en cinq zones retraçant les principales étapes de la carrière de l’artiste, jalonnées de textes percutants et d’entretiens vidéo éclairants.

 

Au sol, d’imposantes plaques d’impression de gravures sur bois sont disposées telles des îles sur le fleuve, forçant le visiteur à les regarder comme à vol d’oiseau. La monumentalité de certaines pièces tirées des séries Between (1984), Équinoxe (1990) ou Longue-Pointe (1995) n’écrase jamais l’accrochage d’ensemble, qui reste aéré.

 

Fleuve est le jardin d’Éden d’un artiste réconcilié avec tous ses questionnements. Les grands thèmes chers à Derouin - une identité métissée à l’échelle du continent américain, sa foi dans un art public enraciné dans l’histoire commune des Amériques - ressortent de ce parcours avec une force peu commune. À voir !

 

 

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