Faire tourner l’art comme des mantras

Les photographies de Jean-Pierre Lacroix installées dans ces Moulins d’art qui deviennent interactifs.
Photo: Le Cabinet Les photographies de Jean-Pierre Lacroix installées dans ces Moulins d’art qui deviennent interactifs.

Les Moulins d’art de la rue Parthenais, dont la première édition était lancée mercredi, déclinent autrement l’exposition photographique à ciel ouvert devenue monnaie courante à Montréal. Ils mettent en vedette les photographies de Jean-Pierre Lacroix et du tandem IvanovStoeva.

 

Les trois oeuvres d’art de la modeste exposition de rue sont à manipuler comme des moulins à prières tibétains… ou des bobines de fil bien québécoises. Car même si l’idée originale vient des moulins à mantras, après tout, on est bien dans l’ancien Faubourg à m’lasse et devant l’ancienne usine textile de la Grover, qui abrite aujourd’hui les ateliers d’artistes. Ce sont eux qui ont d’ailleurs été appelés à participer au projet de A à Z, à l’instigation de l’arrondissement Ville-Marie, à qui la Ville prêtait les supports, et de la Société d’investissement de Sainte-Marie (SISM) et des Faubourgs qui veillent à la revitalisation notamment culturelle du quartier.

 

« C’est sympathique [les supports à photo bidimensionnelle], note Jean Perron, directeur général de la SISM, mais on voulait aller plus loin, alors on a lancé un appel de projets. »« Pour installer l’art un peu différemment dans le quartier, enchaîne la chargée de projet du même organisme, Mélanie Courtois, et parler de sa créativité. »

 

Les habituels supports à photo ont donc été modifiés pour accueillir plutôt six rouleaux de photos qu’on peut faire tourner pour les admirer en mouvement.

 

Dynamique et interactif

 

« Habituellement, on dit de ne pas toucher aux oeuvres, alors qu’ici, on est obligés d’y toucher, ça devient interactif », se réjouit le photographe Jean-Pierre Lacroix, dont le moulin, en face de l’édifice Grover, met en abîme le quartier où il vit depuis dix ans, du Chat des artistes au monastère vietnamien du coin.

 

La structure de rouleaux impose aussi ses contraintes, puisque l’oeuvre photographique s’y présente fragmentée et évolue dans le mouvement. « Même si chaque photo est très différente, ça crée une image complète », souligne Sonia Stoeva, moitié du tandem montréalo-bulgare IvanovStoeva, qui signe les deux Moulins d’art plantés à l’angle des rues Ontario et Parthenais. Par un montage numérique d’images naturelles et construites qui donnent une impression d’abstraction, Ville en lumière et Moulin à mélasse évoquent l’architecture et le paysage urbains en mouvement.

 

« L’idée était de recréer la vitalité de notre ville et surtout du quartier, qui est stratifié et qui change beaucoup, explique Dimo Ivanov, qui a appris le français à l’école Jean-Baptiste-Meilleur du coin. C’est mon premier lieu d’accueil à Montréal. J’ai fait un peu le tour de la ville, mais je suis revenu ici, alors je suis très content de présenter une oeuvre d’art public. »

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