Larry Towell - «On pense que je ne suis que photographe»

Larry Towell
Photo: Brent Foster Larry Towell

« Tom Waits a dit un jour qu’on ne pouvait déclarer qu’une seule profession devant des gens. Sinon, ça les inquiète trop. Si vous dites “plombier” et que vous ajoutez “violoniste”, tout le monde pense forcément que vous jouez mal. On m’a classé un jour comme “photographe”, et depuis, on pense que je ne suis que “photographe”. »

 

Membre de la prestigieuse agence de photographes Magnum, le Canadien Larry Towell est aussi musicien et poète. Il adore le multimédia qu’il pratique depuis ses années au collège. Le voici qui débarque à Montréal cette semaine dans le cadre de l’événement World Press Photo afin de présenter son spectacle, parler d’un film et offrir un atelier professionnel. « Cartier-Bresson, qui est un des fondateurs de l’agence, disait qu’il aimait avant tout vivre. Il n’y a pas que la photographie. »

 

Du temps pour regarder

 

« Je viens d’une famille de musiciens. Ça a toujours occupé une place très importante chez moi. La photographie, je ne la pratique d’ordinaire qu’à l’hiver et au printemps. Le reste du temps, je suis à la maison. J’imprime et j’édite mes photos. J’ai du temps pour écrire, pour réfléchir, pour jouer de la musique, écrire des chansons. En photographie, il faut passer beaucoup plus de temps à bien choisir ses images plutôt qu’à photographier. Il est important d’avoir du temps pour regarder son travail. Je pourrais être toujours parti et photographier sans arrêt. »

 

Son prochain livre paraîtra chez Aperture, l’un des éditeurs les plus prestigieux en photographie. « Je travaille mes tirages noir et blanc et mes images couleur pour ce livre avant de repartir pour le Moyen-Orient. Il y aura de l’écriture sur les photos, un peu partout. J’écris autant que je photographie. Ce sera comme le véritable objet original. Chaque page de mon travail sera numérisée comme elle existe vraiment. »

 

Il y aura donc de la couleur dans un livre de Larry Towell ? Il y a peu de temps encore, il disait toujours à qui voulait l’entendre s’en tenir au médium traditionnel de la pellicule argentique et à son Leica. « S’il vous plaît, n’écoutez pas tout ce que je dis ! Je fais certaines choses avec le noir et blanc. Ce ne sont pas les mêmes qu’avec la couleur, qui m’intéresse pour certains détails. Je ne fais pas la même chose avec de la pellicule qu’avec le numérique. Et il y a longtemps que je fréquente le numérique : tout mon travail multimédia est numérique. Ce sont des médiums différents pour rendre compte de visions différentes. Je n’ai rien du tout contre l’univers numérique, bien que je ne m’intéresse pas du tout à des choses comme Facebook et tout ça. Et je fais de la couleur en numérique pour des choses vraiment très précises, lorsque cela a un sens. »

 

À Montréal, Towell présentera son spectacle deux soirs au Centre PHI, les 12 et 13 septembre. Vêtu d’un éternel chapeau de paille et d’un pantalon à bretelle, Towell est accompagné sur scène dans une pérégrination folk qui suit la route de ses photographies. On y entend notamment, dans des extraits vidéo, comment cet homme à la parole très vive impose parfois sa présence comme photographe, même auprès de militaires agressifs. Étonnamment assuré. « On a présenté le spectacle ce printemps à Amsterdam. On l’a fait aussi au Texas. Et on le refait ici, pour le World Press. »

 

Le samedi 14 septembre, de façon tout à fait exceptionnelle, Towell a accepté d’animer un atelier pour professionnels organisé par Jean Bardaji de Camtec Photo, un homme dont il faudra un jour saluer l’énergie. « Je fais très peu de ce genre d’atelier alors que je pourrais facilement en vivre. D’autres le font. Je les comprends. Mais cela prend beaucoup de temps… Je préfère utiliser mon temps pour photographier et m’occuper de mon travail. D’ailleurs, on repart tout de suite après pour Toronto. »

 

Qu’est-ce qu’un maître pareil peut transmettre lors d’une classe du genre ? Sa technique ? « Au fond, il n’y a pas de technique. Un appareil photo est une toute petite chose toute simple. Vous appuyez ici, sur le bouton. Et voilà, c’est fait. Je ne vois pas ce que je peux offrir de plus qu’un certain regard, parler de ce qui m’anime… D’ailleurs, je ne me sens pas le maître de quoi que ce soit. Maître ! Oh, je ne me suis jamais senti comme ça, croyez-moi. »