Les morts-vivants de Jacynthe Carrier

Paysage de la suite Les Eux
Photo: Source Galerie Antoine Ertaskiran Paysage de la suite Les Eux

La galerie Antoine Ertaskiran n’a qu’un an d’existence, mais déjà elle prend de l’expansion, autant chez elle, dans Griffintown, qu’au Belgo du centre-ville. Étonnamment, c’est une oeuvre tout intimiste, signée Jacynthe Carrier, qui en est la première bénéficiaire.

 

L’exposition Les eux, composée d’une vidéo et des photographies qui en sont extraites, occupe ce qui était la seule salle de la galerie antoine ertaskiran jusqu’à il y a quelques semaines. L’élément principal, une vidéo de courte durée (environ six minutes), s’expérimente comme une oeuvre immersive, dans un espace clos et petit, aménagé pour l’occasion, et devant un écran haut et large.

 

La proximité avec Les eux est d’autant plus importante que cette vidéo parle de promiscuité, de fusion, même, entre la multitude de personnages que filme l’artiste. Jacynthe Carrier poursuit, avec ce projet réalisé grâce au prix Pierre-Ayot qu’elle a reçu l’an dernier, ses réflexions sur les rapports entre l’humain et son environnement, entre le corps et le territoire.

 

Le paysage qui sert de fond de décor est encore un lieu vaste et vide, aride comme celui au coeur de Parcours et de Rites, ses deux précédents travaux. Les protagonistes, de tous âges et de tous gabarits, représentent encore la population dans toute sa diversité. Les eux s’en distingue néanmoins par des plans plus serrés et une attention plus soutenue aux détails, y compris dans sa bande-son. La caméra semble faire partie prenante du groupe, tant elle donne l’impression de bousculer les gens.

 

Cette boucle de six minutes, finement ficelée au point qu’il est impossible de discerner la fin du début, nous entraîne avec délicatesse dans un tourbillon de gestes et de mouvements, sans sens ni explication. Chorégraphie sensuelle, sans une once d’érotisme, théâtre surréaliste, sans excès, ou portraits d’hommes et de femmes, aucunement expressifs, Les eux a des airs de récit de fin du monde. Le toucher est le dernier souffle, boire de l’eau le dernier besoin vital. La lenteur des images a peu à avoir avec le genre du tableau vivant, où les personnages tentent de garder la pose. Ici, ce sont plutôt des morts-vivants qui s’activent tant bien que mal.

 

Il est difficile d’imaginer l’expérimentation de cette oeuvre sans sa boîte noire. Or, si la galerie antoine ertaskiran n’avait fait le pari de l’expansion, il aurait été étonnant qu’elle opte pour ce type de présentation. Le reste de la salle, là où sont exposées les photos de Carrier, a du coup perdu tous ses attraits.

 

L’expansion consiste en l’ouverture d’une annexe dans la partie arrière de cet ancien entrepôt industriel. La galerie y expose une vidéo fabriquée à partir de séquences de jeux vidéo, oeuvre de Jon Rafman. L’artiste, un Montréalais pratiquement méconnu ici, fait partie du Mois de la photo qui ouvrait cette semaine. La galerie Antoine Ertaskiran a visiblement voulu en profiter pour mousser son travail. Jusqu’au début octobre, elle aura loué aussi un espace au Belgo pour présenter une autre vidéo et des photos de Rafman.

 

 

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