​Plongeon dans le réel, pour le meilleur et pour le pire

La dureté des photos d’hommes, de femmes et d’enfants gazés en Syrie il y a deux semaines a fait frémir le monde d’horreur. Mais la violence qui règne sous le régime de Bachar al-Assad n’est pas nouvelle, comme en témoignent plusieurs photos poignantes retenues par le jury du World Press Photo, dont le survol de l’année 2012 peut être parcouru ces jours-ci au Marché Bonsecours, à Montréal.

Dur, mais nécessaire, le parcours « prouve, peut-être plus que jamais, que nous ne vivons pas dans un monde dématérialisé », note le porte-parole de l’événement, le journaliste Dennis Trudeau. Sur la rue, dans les camps de réfugiés, en prison, derrière les murs des maisons, les 156 photos retenues racontent une humanité blessée, certes, mais aussi solidaire, opiniâtre, voire salvatrice.

« Les gens ont l’impression que le World Press est une exposition difficile en raison de la dureté des sujets traités ; c’est vrai, mais c’est la vie qui est ainsi. Cela dit, il y a aussi des photos moins dans l’événement et plus sur le long terme, avec de la lumière, de l’humanité », fait valoir le président de l’édition montréalaise, Matthieu Rytz.

Le coeur, mais pas seulement

Pour 2012, la fondation basée à Amsterdam a reçu 100 000 images soumises par 5500 photographes. Dans ce lot, « les photos qui se sont distinguées sont celles qui touchent à la fois la tête, le coeur et le ventre, c’est-à-dire celles qui font réfléchir, ressentir et agir », résume la représentante de la fondation, Noortje Gorter.

Car le travail des photojournalistes ne sert pas qu’à dénoncer, poursuit Mme Gorter. Il ouvre aussi les esprits, capte les changements, voire les induit. « Je pense par exemple à cette école sous un viaduc en Inde. Le travail du photographe Altaf Qadri [de l’Associated Press] a soulevé une vague de solidarité, des gens ont donné de l’argent pour meubler et organiser la classe. »

Et il y a tous ces portraits intimes, qui ouvrent sur un quotidien méconnu. De ces couples homosexuels au Vietnam aux prostituées postées sur les abords des routes italiennes, en passant par cette lectrice dans une décharge de Nairobi ou encore cette Iranienne et sa fille, horriblement défigurées par une attaque à l’acide, qui s’embrassent avec tendresse « parce que plus personne d’autre n’ose le faire ».

Cette intimité douloureuse, on la retrouve dans les deux expositions qui accompagnent l’édition montréalaise : Regards d’Oxfam-Québec, avec les belles photos d’Émilie Régnier au Burkina Faso, mais surtout celle du collègue François Pesant, dont la série L’ennemi intérieur s’avère le clou du concours d’AnthropoGraphia.

Après Ottawa, Québec et maintenant Montréal jusqu’au 29 septembre, la crème du photojournalisme mondial reprendra la route pour Toronto, en octobre, pour finir sa course canadienne à Chicoutimi, en novembre.

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