Amazon tente sa chance sur le marché de l’art

Détail de l’œuvre Fragment de nymphéas (1915), de Claude Monet, en vente à 2,5 millions de dollars.
Photo: Amazon Détail de l’œuvre Fragment de nymphéas (1915), de Claude Monet, en vente à 2,5 millions de dollars.

L’empire Amazon étend encore ses tentacules dans le domaine de la culture. Après la littérature, la musique et le cinéma, voici que le distributeur en ligne cible le milieu des arts visuels. Avec 40 000 oeuvres, le portfolio de départ du géant se déploie dans tous les sens. Et tous les prix.

 

D’un billet d’un dollar sérigraphié par l’artiste Ryan Humphrey à 10 $ (Untitled (dollar bill), 2013) à une huile de l’illustrateur Norman Rockwell (Willie Gillis : Package from Home, 1941) à 4,85 millions, les oeuvres mises en vente comptent plusieurs gros noms parmi lesquels des Chagall, des Picasso, des Warhol ou des Monet, dont un Fragment de nymphéas, daté de 1915, et mis en vente à 2,5 millions.

 

Dessins, médias divers, peintures, photographies, lithographie ; le nouveau département lancé mardi par Amazon compte déjà plus de 4500 artistes.

 

Par voie de communiqué, le distributeur américain a dit vouloir « démystifier le monde » de l’art en offrant à « chaque client la chance de goûter à l’expérience d’une galerie d’art ». L’idée, poursuit-il, est de « permettre à n’importe quel acheteur de devenir un collectionneur ». Tout cela se fera sans expertise interne particulière de la part du poids lourd de la vente en ligne, qui mise sur ses capacités de « facilitateur de magasinage » par le biais de filtres de recherche à teneur résolument consumériste : sujet, prix, couleur, style ou même type d’encadrement.

 

Pour trouver ses marques dans un monde réputé dur à percer, parce que très spécialisé, Amazon - qui s’était cassé les dents en 1999 avec un très court et infructueux partenariat avec le géant Sotheby’s - s’est néanmoins adjoint le concours de 150 galeries et marchands d’art basés aux États-Unis, au Canada, au Royaume-Uni et aux Pays-Bas. Ce sont d’ailleurs eux qui vont alimenter les rayons et ce sont encore eux qui devront veiller à la qualité et à l’authenticité des oeuvres mises en vente.

 

Parmi ces partenaires, certains sont obscurs, d’autres plus connus et même bien installés, comme la maison d’enchères en ligne Paddle8, à New York, ou la galerie Modernbook à San Francisco. Tous font le pari que le portail numérique deviendra vite incontournable, comme l’explique Holden Luntz, propriétaire et fondateur de la Holden Luntz Gallery, à Palm Beach, qui n’aurait pas voulu manquer sa chance de faire partie de l’aventure. « Nous opérons une formidable galerie d’art, mais nous voyons bien que les modèles marchands en art contemporain ont évolué. En cette ère numérique, le commerce en ligne apparaît comme un moyen de plus pour rallier de nouvelles clientèles.»

 

Simple librairie en ligne à ses débuts, Amazon a énormément diversifié ses activités au cours des années, touchant tout à la fois l’informatique, la maison, et même, tout récemment, l’alimentation. Son patron, Jeff Bezos, annonçait par ailleurs en début de semaine le rachat du Washington Post. Une prise à titre personnel, celle-là, a-t-il alors fait valoir.