Aveux fumeux

Au musée Kunsthal de Rotterdam, la place qu'occupait La liseuse en blanc et Jaune d'Henri Matisse avant son vol.
Photo: Peter Dejong Associated Press Au musée Kunsthal de Rotterdam, la place qu'occupait La liseuse en blanc et Jaune d'Henri Matisse avant son vol.

Olga Dogaru, cette mère roumaine qui a affirmé la semaine dernière avoir brûlé les sept tableaux de maîtres que son fils a admis avoir volés, a de nouveau changé sa version des faits. Lors d’une comparution devant trois juges chargés de déterminer si elle peut demeurer en liberté dans l’attente de son procès, la quinquagénaire a affirmé avoir tout inventé et n’avoir pas incinéré les oeuvres dans un four.

 

Rappelons que dans la nuit du 15 au 16 octobre 2012, trois hommes ont pénétré dans le musée Kunsthal de Rotterdam et y ont dérobé sept toiles, dont la Tête d’Arlequin de Pablo Picasso, La liseuse en blanc et jaune d’Henri Matisse, Waterloo Bridge et Charing CrossBridge de Claude Monet et Femme devant une fenêtre ouverte (ou La fiancée) de Paul Gauguin. Les deux autres peintures volées sont Autoportrait de Meyer de Haan et Femme aux yeux clos de Lucian Freud. Aucun agent de sécurité n’était sur place, mais le musée prétendait posséder l’un des meilleurs systèmes d’alarme qui soient.

 

D’office, les experts ont décrété qu’il serait difficile, voire impossible, de vendre les tableaux. De son côté, la police a suivi plusieurs pistes, et le 22 janvier 2013, elle a interpellé trois Roumains, dont Radu Dogaru, 29 ans, le fils d’Olga Dogaru, qui a plus tard raconté avoir caché les toiles dans une maison abandonnée, puis les avoir ensevelies dans un cimetière, et, enfin, les avoir brûlées dans le four servant à chauffer le sauna familial. Tout cela, a-t-elle allégué, parce qu’elle avait peur pour son fils, qui avait pourtant admis les faits.

 

« Elle a menti pour protéger son fils et sous la pression exercée par les procureurs. […] Ce qu’elle a dit auparavant était faux à 100 % », a argué l’avocat de la dame. À la décharge de cette dernière, ses proches ainsi que les habitants de son village ont toujours soutenu que la thèse de l’incinération était une invention.

 

Nouveaux éléments

 

Or, Olga Dogaru n’est pas sortie de l’auberge. En effet, le Musée national d’histoire de Bucarest a confirmé le 22 juillet que des éléments prélevés et analysés, tels des agrafes à toiles et pigments de couleur, prouvent que des tableaux correspondant à la période de création des oeuvres volées ont effectivement été brûlés dans le four en question. «Nous avons la preuve irréfutable que trois [des sept] tableaux ont été détruits par le feu», a soutenu Gheorghe Niculescu, le chef de division du Centre national de recherche et d’investigation en physique et en chimie de Roumanie.

 

Sous la loi roumaine, la destruction d’oeuvre d’art est passible d’une peine de trois à dix ans d’emprisonnement. Olga Dogaru est également accusée de complot et de complicité après le fait.