Pellan dans l’oeil d’André Gladu

Le cinéaste André Gladu et Alfred Pellan lors du tournage de Pellan, en 1984, à Sainte-Rose
Photo: François Rivard Le cinéaste André Gladu et Alfred Pellan lors du tournage de Pellan, en 1984, à Sainte-Rose

Peintre de couleurs et d’audace, qui fut avec Paul-Émile Borduas l’un des étendards de la modernité québécoise, Alfred Pellan, né en 1906, refusait les étiquettes et revendiquait la liberté créatrice. Ses toiles de mystère et de beauté n’ont jamais vieilli.

Vendredi, au Musée national des beaux-arts du Québec, le cinéaste André Gladu venait rencontrer le public pour témoigner de l’homme et de l’artiste. Jusqu’au 15 septembre, l’exposition Alfred Pellan : le grand atelier y bat son plein avec tableaux, oeuvres graphiques, documents, sculptures, objets transformés ; témoins du processus créatif. La veuve du peintre, Madeleine Poliseno-Pelland, a légué au musée des plaines d’Abraham leur maison de Sainte-Rose et son contenu : plus de mille objets d’art. Sollicité par Ottawa, Pellan préférait laisser ses empreintes au Québec.


André Gladu a non seulement réalisé le documentaire Pellan en 1986, deux ans avant la mort du peintre, mais il avait habité enfant dans sa maison de Sainte-Rose sur l’île Jésus (Laval). Son père, Paul Gladu, critique d’art, était l’un de ses amis.


« C’était en 1952, évoque le cinéaste. Pellan était reparti à Paris, un deuxième séjour, et il ne voulait pas laisser sa maison inhabitée. Nous y avons vécu trois ans et j’allais à l’école de rang. Cette demeure était en pierres et datait de 1830, mais il avait jeté par terre les cloisons ; du jamais vu à l’époque. Les portes et les châssis étaient colorés, autre nouveauté. Pellan avait donné un tableau à mon père qu’on adorait. C’était très inspirant là-bas. Sainte-Rose fut la première communauté d’artistes au Québec. Marc-Aurèle Fortin y est né. Clarence Gagnon aussi. Le sculpteur Louis-Philippe Hébert y habitait, etc. »


André Gladu estime que les origines de Pellan, élevé dans un quartier ouvrier de la basse-ville de Québec - son père était chauffeur de locomotive pour le Canadien Pacifique -, ont été déterminantes. « Il parlait de sa peinture comme d’un travail bien fait, en artisan. »


Alors que des Québécois jugeaient les oeuvres de Pellan - sous influence du surréalisme, du cubisme, du fauvisme, etc. - trop françaises, André Gladu trouve à juste titre que ses contemporains l’ont mal compris : « 80 % des peintres de l’école de Paris étaient des étrangers. L’art populaire et l’art amérindien l’avaient beaucoup inspiré, mais Paris lui a donné l’occasion de s’épanouir entre 1926 et 1940. À son retour à Québec, les gens ne comprenaient pas ses oeuvres avant-gardistes. Ça les rendait fous. Il dut quitter la capitale pour Montréal. Plus prudent que Borduas - qui a affronté le clergé et les autorités de l’École du meuble -, moins porté que lui par un besoin de contestation, Pellan fut quand même avec Jacques de Tonnancour à l’origine du manifeste Prisme d’yeux, qui a précédé celui du Refus global. »


Gladu pense qu’on devrait cesser d’opposer Pellan et Borduas. « Dans cette bataille pour la modernité, les artistes ont montré la voie. Alfred a plus ébranlé le conservatisme avec son oeuvre qu’avec ses discours. »