La Main transformée en canevas géant pour l’art public

Reka One (Australie), illumine un mur d'hôtel
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Reka One (Australie), illumine un mur d'hôtel

Les odeurs de peinture en aérosol flottent dans l’air du boulevard Saint-Laurent, où tout un escadron d’artistes montréalais et internationaux s’affaire à transformer la Main en canevas géant. Street art ou art tout court ? « Sorti du placard », l’art de rue monte en grade, se déleste de ses stéréotypes pour emprunter tous les styles.


Jusqu’au 16 juin, pas moins de 35 muralistes seront accrochés à leurs pinceaux, boulevard Saint-Laurent, à l’invitation du premier Festival international d’art public MURAL. De la rue Sherbrooke jusqu’à la rue Mont-Royal, plusieurs murs aveugles arborent déjà les couleurs de ces artistes urbains qui redéfinissent les frontières du street art.


Rue Clark, l’artiste belge de renommée mondiale Roa amorce une fresque animalière monumentale, haute de plusieurs étages, qui devrait être visible depuis la rue Saint- Laurent. Sur un mur accolé au commerce de pierres funéraires Berson L Son, boulevard Saint-Laurent, l’artiste britannique Phlegme finit de tracer un robot surréaliste, alors que Ricardo Cavolo (Espagne) griffe la façade du café voisin de sa touche bédéesque.


« Le but premier, c’est de promouvoir notre talent, puis d’inviter des artistes de renom pour attirer le regard de la communauté internationale. Car c’est ce dont on s’est rendu compte en visitant d’autres villes, c’est qu’on n’a rien à envier à personne à Montréal », soutient André Bathalon, l’un des quatre fondateurs du Festival MURAL, inspiré d’un événement similaire créé à la foire d’art contemporain Art Basel de Miami.


Selon ce dernier, la vague du street art, dopée ces dernières années par Internet et les réseaux sociaux, a donné à cette forme d’art, souvent éphémère, une diffusion sans précédent. Bathalon - qui a fondé Safewalls, un projet où des artistes de rue ont été invités à réinventer des affiches de spectacles du Cirque du Soleil - croit que le terme street Art est devenu un grand fourre-tout qui veut tout et rien dire. D’abord inspiré du graffiti, du pochoir et des tags (signatures), le style du street art a depuis explosé, propulsé dans toutes les directions sous forme de murales, performances, installations.


Depuis les années 1980, des artistes éminents comme Jean-Michel Basquiat et, plus récemment, Banksy ou Shepard Fairey (créateur de la fameuse affiche Hope de Barack Obama) ont achevé de donner du galon à cet art longtemps exécuté dans la clandestinité. Ces artistes de rue ont aujourd’hui investi les galeries, les musées.


Boulevard Saint-Laurent, la diversité des genres sera à l’honneur. Des fresques géantes de Gaïa (États-Unis), LNY (États-Unis), Escif (Espagne) et Jason Botkin (Montréal) seront concentrées dans le stationnement face à l’Excentris, alors que Stikki Peaches (Montréal) parsèmera murs et portes de la Main de ses icônes mutantes d’Hollywood.


« J’adore que les styles changent. De plus en plus, les artistes sortent leur art des galeries et ont des pratiques diverses, performatives, dont la murale. Le graffiti n’est qu’un mince aspect de l’art public, qui cohabite avec tous les autres. Plusieurs de ces artistes ont aussi des pratiques très engagées », soutient Jason Botkin, fondateur d’En Masse, collectif d’artiste montréalais invité en 2011 à couvrir les murs d’une salle du Musée des beaux-arts de Montréal et en 2012, ses espaces éducatifs.


Revamper la Main à coups de pinceau


L’événement culturel vise aussi à réinsuffler une âme à l’artère commerciale, dont la foire annuelle avait pris ces derniers temps des airs de vaste marché aux puces. « On a interdit les vendeurs itinérants. Ce volet culturel permet de créer de vraies activités pour le public et les familles tout en offrant un canevas extraordinaire à l’art public », explique Glenn Castanheira, directeur de la Société de développement du boulevard Saint-Laurent (SDBSL), dont la famille opère la mythique rôtisserie portugaise Cocorico. Il s’est d’ailleurs mouillé le premier en confiant, il y a deux ans, à l’artiste Fluke (A’shop) le mur latéral de son commerce, aujourd’hui orné d’un coq psychédélique.


Les quelque 600 commerçants et propriétaires de la SDBSL ont injecté pas moins de 260 000 $ pour soutenir l’événement dont les murales resteront en place pendant un an, jusqu’à la prochaine édition. « Ça va donner une visibilité inespérée à plusieurs commerces, car les images de ces oeuvres auront une très grande diffusion sur les réseaux sociaux », dit-il.


Peintures en direct, arcades réalisées par des artistes, body painting, hip-hop, dessins de groupe, vidéo projections de soir et expositions : la Main sera en alerte jusqu’au 16 juin. Des visites guidées, à pied et à vélo, sont offertes au public pour découvrir les oeuvres des muralistes. On peut d’ailleurs s’y inscrire, consulter la carte des oeuvres et obtenir tous les détails sur l’événement à muralfestival.com