Québec - Alfred Pellan se dévoile au MNBAQ

Martine Letarte Collaboration spéciale
Alfred Pellan, Masque 44, 1971, acrylique sur masque de plastique 21,7 x 17 x 11 cm. Collection MNBAQ. Legs Madeleine Poliseno-Pelland.
Photo: MNBAQ Alfred Pellan, Masque 44, 1971, acrylique sur masque de plastique 21,7 x 17 x 11 cm. Collection MNBAQ. Legs Madeleine Poliseno-Pelland.

Ce texte fait partie d'un cahier spécial.

Le Musée national des beaux-arts du Québec (MNBAQ) et les Musées de la civilisation, à Québec, ont orchestré de grandes expositions pour attirer les foules cet été. On ira donc de Pellan le peintre à Roberval, fondateur de la première colonie en terre de Nouvelle-France.

L’exposition Paris en scène. 1889-1914 donnera des airs de Ville lumière au Musée de la civilisation, cet été, alors qu’Une histoire de jeux vidéo, tout juste inaugurée, fera certainement accourir petits… et grands ! Le peintre Alfred Pellan investira pour sa part le MNBAQ, où les visiteurs pourront découvrir des oeuvres inédites de l’artiste québécois et goûter sa créativité au quotidien.


« Depuis 20 ans, il n’y a pas eu de grande exposition consacrée à Pellan », indique d’emblée Anne Eschapasse, directrice des expositions et des publications scientifiques au MNBAQ.


Alfred Pellan. Le grand ateliersera présentée du 13 juin au 15 septembre. La réalisation de l’exposition a été rendue possible grâce au legs de la veuve de Pellan, Madeleine Poliseno-Pelland, décédée en 2010. « Nous avons eu la chance de recevoir environ 1600 pièces qui proviennent du fonds d’atelier du peintre situé à Sainte-Rose[Laval], raconte Mme Eschapasse. On y trouve des oeuvres inédites, des esquisses, des outils, des pinceaux, des objets personnels, de la correspondance, des photographies, etc. »


Regard neuf


Ces pièces encore jamais diffusées permettent de jeter un regard neuf sur Pellan, d’après la directrice des expositions.« On découvre la relation extraordinaire qu’il avait avec sa femme, un amour réciproque absolument extraordinaire qui s’est étalé sur près de quatre décennies, précise-t-elle. Elle a été la muse, mais aussi la force motrice derrière Pellan. »


L’artiste avait l’habitude de s’exprimer à travers différents objets du quotidien qu’il colorait, disséquait et recomposait, du couvercle de toilette au tire-bouchon ! « Nous nous sommes beaucoup inspirés de cet état d’esprit pour réaliser la scénographie de l’exposition, qui ne sera pas didactique, mais légère et familiale », explique Anne Eschapasse.


On retrouvera d’ailleurs un espace participatif en plein coeur de l’exposition où les visiteurs seront invités à réaliser des créations en s’inspirant des oeuvres de Pellan.


Le MNBAQ a également obtenu des prêts de grandes réalisations de Pellan par différents musées et collectionneurs privés.


Ce sera donc l’occasion de découvrir ou de redécouvrir cet artiste québécois qui a permis au Québec de profiter d’un bagage accumulé en France de 1926 à 1940. « Pellan y a rencontré Picasso, Miró, Braque, Matisse ; il s’est imprégné de cette force vive artistique, puis il est rentré au Québec, où il n’y avait pas cette ouverture,raconte Anne Eschapasse. Il a commencé à enseigner à l’École des beaux-arts de Montréal, qui était pétrie d’académisme. Il a beaucoup apporté à toute une génération d’artistes et il est devenu une figure emblématique de la modernité au Canada. Il a été le premier Canadien à avoir une rétrospective de son vivant au Musée d’art moderne de Paris en 1955. »


Le MNBAQ présentera plusieurs conférences et activités autour de l’exposition. Entre autres, les mercredis soirs, les visiteurs pourront observer Sujet d’ambassade sous la lumière ultraviolette, mettant ainsi au jour les pigments fluorescents de cette oeuvre prêtée par le Musée des beaux-arts de Montréal.

 

Verre et céramique


Le MNBAQ a aussi choisi de mettre en valeur dès le 16 mai le verre et la céramique avec les expositions avec Kaléidoscope : variations sur le verre, ainsi que Léopold L. Foulem. Singularités.


« Nous avons choisi de mettre en valeur ces deux arts du feu qui sont très riches, mais qui n’ont pas leur juste reconnaissance, affirme Anne Eschapasse. On associe souvent le verre et la céramique aux métiers d’art, mais au Québec, ce sont vraiment des arts à part entière. »


Il s’agit de la première rétrospective d’envergure consacrée à Léopold L. Foulem, né en 1945 au Nouveau-Brunswick. Il donnera une conférence au MNBAQ pour l’occasion. « C’est un personnage haut en couleur, précise Anne Eschapasse. Il a développé avec la céramique une forme d’expression artistique à part entière qui dépasse le savoir-faire et l’objet fonctionnel. »


Paris en scène


Le Musée de la civilisation présenteraParis en scène. 1889-1914 dès le 19 juin. On pourra y découvrir l’effervescence de la Belle Époque avec le cirque, la fête foraine, le cinéma, le théâtre, le music-hall. On retrouvera notamment à l’honneur les cabarets Le Chat noir, Le Moulin rouge, ainsi que les pionniers du cinéma Georges Méliès et les frères Lumière.


« L’idée derrière cette exposition extrêmement importante pour le Musée est de voir comment on est vraiment passé à cette époque de la culture savante à la culture populaire », affirme Michel Côté, directeur général des Musées de la civilisation.


C’est aussi le moment de l’arrivée de l’automobile, de l’électricité, des expositions universelles dans le sillage de la transformation de Paris par Haussmann.


L’établissement du Vieux-Québec abordera Paris dans cette exposition de façon pluridisciplinaire. « Nous aurons des oeuvres de Rodin, de Bourdelle et nous nous sommes entendus avec le Petit Palais[Musée des Beaux-Arts de la Ville de Paris] pour qu’une immense toile de Léon Lhermitte soit rénovée pour l’occasion. Elle sera par la suite réintégrée à leur exposition permanente,raconte M. Côté. Pour présenter le spectacle et le théâtre, nous aurons plusieurs toiles et tableaux de Sarah Bernhardt. Il y aura beaucoup d’affiches, des éléments sonores et des appareils de projection cinématographique. »

 

Jeux vidéo


AvecUne histoire de jeux vidéo, le Musée de la civilisation présente le parcours chronologique de cet univers composé de consoles et de jeux.


« Cela fait partie de notre série d’expositions axée sur la création et l’expression, indique Michel Côté. Le jeu vidéo est une réalité contemporaine importante, avec la moitié de la population environ qui joue, que ce soit sur un téléphone intelligent, un iPad ou une console. Les jeux se sont beaucoup développés, par exemple avec les jeux de découverte qui nécessitent une recherche poussée. Nous présentons avec cette exposition une vision du jeu vidéo qui n’est pas réductrice. »

 

Roberval précurseur


Le Musée de l’Amérique francophone vient également d’inaugurer La colonie retrouvée. Des fouilles archéologiques sur le promontoire de Cap-Rouge ont permis de découvrir le site de la première colonie française en Amérique du Nord. « On a découvert que la première implantation n’est donc pas de Champlain, mais de Roberval en 1541 », précise M. Côté.


On pourra découvrir cette première colonie jusqu’en 2015.


Collaboratrice