Le Nord dans un bol

Vue sur les bois de l'exposition à Oboro.
Photo: Paul Litherland Vue sur les bois de l'exposition à Oboro.

Le carton pour le vernissage laisse présager autre chose de l’exposition en cours chez Oboro. Avec son image d’un site du Nord québécois, Inukjuak, l’outil promotionnel suggère une approche documentaire, en prise visuellement avec la réalité de là-bas. Or l’exposition que présente Marie A. Côté, dans le cadre d’Elektra, occupe un registre plus abstrait et sa référence avec le territoire nordique, où elle a fait une résidence à l’été 2011, est surtout sonore.


Il faut dire que l’artiste allie ici, comme elle le fait depuis quelques années dans son travail, sa pratique de la porcelaine avec la matière sonore, pour laquelle elle fait appel à la collaboration de spécialistes (pour ce projet, le compositeur et électroacousticien Olivier Girouard). Elle crée donc des installations sonores où la porcelaine joue le rôle de diffuseur, des objets abritant les haut-parleurs et faisant échapper de leur cavité les sons et la musique.


Si par le passé ces objets attiraient l’attention par leurs dimensions et leurs formes, cette fois l’artiste semble avoir opté pour une plus grande épuration de leurs lignes, comme pour en atténuer la présence au profit de la composante sonore. Dans la principale installation sonore de cet acabit chez Oboro, il s’agit de quatre modules combinant socles de bois et diffuseurs de porcelaine qui font entendre la part distinctive de ce projet, un paysage sonore découlant du séjour à Inukjuak.


Il est subtilement tissé de son ambiant de la nature et de jeux de gorge, composante qui, comme le raconte Marie Perrault dans l’opuscule de l’exposition, fut la plus complexe à récolter du fait qu’elle reposait sur la participation de chanteuses de là-bas, d’abord rétives à se prêter à l’exercice pour les fins de l’artiste. L’organisation en carré des socles semble aussi vouloir intégrer une particularité culturelle de ces chants, exécutés par les femmes en face à face.


Malgré la réinvention de leur fonction, les bols de porcelaine, diffuseurs et aussi utilisés lors des enregistrements, gardent un peu de leur connotation domestique, sphère traditionnellement réservée aux femmes, qui dans le Nord ont de ce fait l’exclusivité de la pratique des chants de gorge et l’occasion d’y exceller. Cet enjeu politique ne semble pas toutefois faire partie des préoccupations mises en avant par l’artiste, dont les oeuvres font primer les jeux formels et leur potentiel d’évocation.


Ainsi, la porcelaine, d’un grand raffinement, présente du bleu légèrement strié de blanc faisant écho à la Ligne d’horizon (2011), un dessin à l’argile sur une mince feuille courant sur plusieurs mètres le long des murs. Deux autres ensembles de dessins déclinent par cadrages variés de sommaires motifs de bols, tracés également à l’argile que l’artiste a puisée dans le sol d’Inukjuak. Comme prélude à des équations posées entre formes et sonorité, d’autres bols de porcelaine s’organisent en cercle sur une surface de bois inclinée à l’entrée de l’exposition.


L’ensemble, somme toute, demeure poli et loin de la charge stimulée habituellement par les jeux de gorge. Ce chant, toutefois, prendra toute sa place aujourd’hui à Oboro, qui présentera à 14 h une performance de Lysa Ikaluq et Annesie Sarah Nowkawalk, reconnues pour leur exploit en la matière.


 

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