Le vêtement, reflet de l’âme et de l’identité

Ensemble de chef (1865-1900) Mi’kmaq
Photo: Musée McCord Ensemble de chef (1865-1900) Mi’kmaq

Porter son identité, nouvelle exposition permanente du Musée McCord dédiée aux premiers peuples, lève le voile sur le monde complexe des codes que recèle le vêtement autochtone, véhicule de la conception du monde et de l’histoire des nations amérindiennes. À travers le vêtement s’expriment l’âme, la spiritualité et la résilience des peuples autochtones.

« Nous avons voulu faire le lien entre le présent et le passé, a expliqué mardi Suzanne Sauvage, directrice du Musée McCord. Dans le contexte actuel, la Commission de vérité et réconciliation expose les moments difficiles vécus par les peuples premiers, des traditions qui disparaissent et des histoires uniques. À travers les combats [des autochtones], le vêtement a joué un rôle majeur dans la préservation de leurs traditions. Il était important pour nous de présenter cette culture pour montrer l’envers de la médaille. »


L’exposition précédente accusait déjà 20 ans d’âge et le temps était venu de moderniser le regard posé sur les cultures amérindiennes. À travers le vêtement, le Musée McCord a trouvé un filon fertile, présentant l’habit comme un marqueur de l’identité à travers les siècles, mais aussi à travers les classes sociales et les territoires.


Peaux, parures, coiffes, vestes d’apparat et mocassins en disent long sur les valeurs et croyances des nations inuite, aïda, métisse ou algonquine. « Le vêtement est comme une encyclopédie du savoir amérindien », a expliqué mardi Guislaine Lemay, conservatrice, ethnologie et archéologie. L’amauti, ce parka de peau et de fourrures à capuchon porté par les nations inuites, traduit notamment le sexe, l’âge et l’état civil de celui ou celle qui le porte. « La conception de l’amauti permet de savoir si la femme est mariée, veuve, si elle a des enfants ou non. Les parkas d’enfants portent des symboles propres aux animaux de qui l’on espère hériter des caractéristiques. » Porter son identité rassemble plusieurs amautis très typés, qui transposent sur le corps du chasseur les vertus de l’animal tué.


Vestes d’honneur en peaux singeant les uniformes militaires et jambières sous les jupes de soie témoignent, au XIXe siècle, du choc de la rencontre avec l’homme. Avec des coupes et des matériaux nouveaux, les tenues finissent pour trahir l’intégration forcée des peuples premiers, mais les motifs traditionnels persistent. Plusieurs vidéos et témoignages parsèment cette exposition riche d’une centaine de pièces, dont 85 % seront renouvelées chaque année en raison de leur fragilité.


Puisque la culture amérindienne se conjugue toujours au présent, le parcours présentera deux fois par année les oeuvres d’artistes contemporains autochtones. Terrance Houle et Maria Hupfield, choisis par la commissaire autochtone invitée et artiste Nadia Myre, ouvrent le bal, dès le 2 mai.