Exposition - Les routes du thé ou cette feuille qui traverse les siècles

Théière, chahu. Chine, Jingdezhen, (Jiangxi), marque et période Qianlong (1736-1795)
Photo: RMN-Grand Palais (musée Guimet, Paris) Théière, chahu. Chine, Jingdezhen, (Jiangxi), marque et période Qianlong (1736-1795)

Sans le thé, la porcelaine et la boussole auraient peut-être tardé à voir le jour, l’Amérique à faire son indépendance, et les Anglais à devenir maîtres, pour un moment, de la planète.


Boisson sage par excellence, le thé n’en a pas moins provoqué son lot de sursauts et de revirements dans l’histoire, à travers siècles et continents. C’est cette impression d’histoire du monde en accéléré que donne Les routes du thé, une exposition présentée à compter de ce mardi au Musée Pointe-à-Callière, en collaboration avec le Musée des arts asiatiques Guimet à Paris, le Musée du quai Branly, le Musée des arts décoratifs de Paris et plus d’une quinzaine d’autres prêteurs prestigieux.


À travers plus de 200 objets, dont certains très rares et très anciens, l’histoire du thé révèle l’influence marquante qu’a eue sur l’Orient et l’Occident le charme exercé par les stimulantes feuilles du camellia sinensis.


Racontée en trois phases, celle du thé bouilli, du thé battu, puis du thé infusé tel qu’on le connaît aujourd’hui, l’évolution du liquide roboratif traverse celle de plusieurs territoires, de la Chine - son pays d’origine - au Sud-Est asiatique, en passant l’Inde, la Haute-Asie, la Russie et l’Europe. Le thé avait déjà près de 2000 ans d’histoire quand il s’est fait connaître ici, en Amérique. « Les routes du thé touchent à tous les aspects de l’histoire et ont eu une influence sur les religions, le commerce, l’économie et les flux de population, avec le développement des routes terrestres et fluviales », a expliqué lundi Francine Lelièvre, directrice du musée Pointe-à-Callière.


Traverser l’Asie


Les routes du thé empruntent d’abord celles, terrestres, de la Haute-Asie, où la précieuse boisson est exportée sur plus de 1500 km à travers cols et pics, grâce aux chevaux. Les vitamines que recèle le thé chinois permettent aux peuples des steppes de survivre à l’absence quasi complète de légumes. En échange du thé, ils troquent des chevaux par milliers à la Chine qui doit se défendre contre les invasions et veut étendre son commerce jusqu’aux confins de l’Asie, voire jusqu’en Russie.


Promu par les moines bouddhistes, le cérémonial du thé verra son destin lié à celui des religions, puis au sort de la Chine, quand les empires coloniaux ouvrent des routes fluviales pour exporter rapidement la convoitée matière. Le thé propulse le développement du céladon, de la porcelaine, accélère le développement d’instruments maritimes, stimule certains conflits, dans la course effrénée menée pour le contrôle du marché du thé. La surtaxe imposée sur le thé par la mère patrie nourrit, lors du Boston Tea Party, les premiers pas vers l’indépendance de l’Amérique. La petite feuille a ébranlé bien des empires.


Les routes du thé déboulonne au passage quelques mythes, dont celui que les Anglais aient introduit le thé en Europe. « C’est la Hollande qui amena le thé en Europe en 1606, et il fut ensuite apporté à la Cour par l’épouse néerlandaise de Charles II, puis adopté par les Anglais », explique Jean-Paul Desroches, commissaire de l’exposition et ex-conservateur au Musée national des arts asiatiques Guimet à Paris.


Arrivés au thé sur le tard, les Français lui ont vite préféré le café.


Précieux rakus japonais, rarissimes bols impériaux de Chine, samovars anciens et statuettes chinoises ponctuent ce périple à travers les âges. Le dernier arrêt permet de humer à plein nez les différentes sortes de thé cultivées à travers l’Asie et de survoler les divers modes de dégustation du chaud liquide selon les pays.

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