Chassé-croisé d’oeuvres spoliées au MBAM

Le Musée des beaux-arts de Montréal a remis mardi Le duo (1623-1624), de Gerrit van Honthorst, à la famille Spiro, un tableau dont les aïeux Ellen et Bruno furent privés lors d’une vente forcée en Allemagne.
Photo: MBAM Le Musée des beaux-arts de Montréal a remis mardi Le duo (1623-1624), de Gerrit van Honthorst, à la famille Spiro, un tableau dont les aïeux Ellen et Bruno furent privés lors d’une vente forcée en Allemagne.

Au centre de ces histoires se trouve d’abord Montréal, devenue le lieu d’exil de 15 000 survivants de l’Holocauste, qui y ont refait leur vie et le lui rendent bien aujourd’hui. Du nombre, les membres de la famille Jorisch, descendants de la richissime famille autrichienne Zucherkandl, dont le seul survivant, Georges Jorisch, émigre au Canada en 1957 avec ses enfants.

 

Sur les traces de l’enfance

 

Il y a 15 ans, le vieil homme, qui avait fait une croix sur son passé douloureux, s’est mis à rechercher les tableaux qui avaient habité son enfance. Notamment, une scène de genre campant deux enfants de paysans rentrant de l’école. Séquestré et vendu par les nazis lors de l’Anschluss, le tableau de Ferdinand Georg Waldmüller a été retrouvé en 2010 chez un collectionneur qui a accepté de le rendre à qui de droit.

 

Décédé il y a six mois, Georges Jorisch ne verra cependant jamais cette toile, dont il voulait faire don au MBAM en guise de remerciement pour l’hospitalité de sa ville d’accueil, Montréal. « Cette oeuvre est celle qu’il recherchait le plus, peut-être parce qu’il aurait aimé avoir une soeur. Avant de mourir, il savait que l’oeuvre lui serait rendue, mais il aurait tellement aimé la voir », a expliqué mardi un de ses fils, Stéphane Jorisch, illustrateur réputé de livres pour enfants, lors du dévoilement du tableau.

 

Le Montréalais Georges Jorisch avait aussi obtenu en 2010 la rétrocession d’un paysage peint par Gustave Klimt, qui a par la suite été vendu pour plus de 40 millions de dollars par Sotheby’s à New York.

 

Une oeuvre perdue, une retrouvée

 

Pour cette oeuvre porteuse d’histoire entrée au musée, une autre sera rendue. Car à la lumière d’informations reçues de descendants de victimes de l’Holocauste, le MBAM a pu certifier qu’une toile de sa collection, Le duo (1623-1624), du maître de l’école caravagesque d’Utrecht, Gerrit von Honthorst - achetée en 1969 -, faisait partie d’un lot d’oeuvres confisquées aux aïeux Ellen et Bruno Spiro en 1937, lors d’une vente forcée en Allemagne. La toile a été rendue mardi à Gerald Matthes, petit-fils de Bruno Spiro, décédé en 1936 après avoir été déporté dans un camp par le régime nazi. L’homme, qui vit au Michigan, ignorait jusqu’à il y a cinq ans l’existence même du tableau. « Tout ce que nous savions, c’est que notre grand-père avait une immense collection. D’autres tableaux sont probablement répartis un peu partout sur la planète », a-t-il dit.

 

Un autre Von Honthorst, en souvenir des victimes

 

Par un hasard improbable, une oeuvre du même maître, datée de la même année, Femme accordant un luth, s’est retrouvée en vente en mars dernier lors de la foire de Maastricht. Tout récemment acquise par le musée grâce à la compensation versée par les descendants de la famille Spiro, l’oeuvre lumineuse, dévoilée mardi, remplacera le fameux Duo, pièce majeure qui quittera la collection. Elle sera dédiée à la mémoire d’Ellen et Bruno Spiro. « Derrière ces oeuvres d’art, il y a des passions, des histoires, des destins, et surtout des êtres humains », a soutenu la directrice du MBAM, Nathalie Bondil.

 

« Cette joyeuse femme au luth, a-t-elle ajouté, est une miraculeuse coïncidence pour commémorer à jamais la mémoire des disparus sur les cimaises du musée. »

1 commentaire
  • Jacques Leclerc - Abonné 25 avril 2013 00 h 37

    intéressant

    À LIRE !