Galerie de personnages

Photo: Guy L'heureux

Dans le parcours d’un artiste, l’expérience d’une résidence à l’étranger a souvent pour effet de relancer la production. C’est le cas de David Armstrong Six, de retour de Berlin où il a passé un an en 2012. Le séjour lui a sûrement été bénéfique puisque la Parisian Laundry expose actuellement un ensemble complet de nouvelles sculptures, qui opèrent certains changements en regard du travail précédent.


La plus évidente transformation se situe dans la manière d’occuper l’espace, qui de l’horizontalité est passée à une franche verticalité. Les derniers travaux, présentés notamment à la Biennale de Montréal en 2011, empruntaient des formes tubulaires et rampaient souvent au sol. Par assemblage, ces sculptures élaboraient des séquences dans l’espace ponctuées par des joints entre des composantes organiques et d’autres plus rectilignes dont les surfaces étaient dynamisées par des couleurs toniques.


La récente production n’a pas délaissé les procédés d’assemblage ni les structures rectilignes et encore moins sa vague allégeance surréaliste. Les nouvelles sculptures, par contre, s’organisent autour de l’axe vertical, s’inscrivant ainsi très clairement dans la tradition du statuaire que les titres confirment d’ailleurs. The Tailor, The Solicitor, The Janitor… à l’appel de ces titres, une galerie de personnages, des travailleurs pour la plupart, se dresse dans l’espace.


Les monolithes se départagent en deux groupes principaux, tandis que trois plus petites oeuvres en verre soufflé s’immiscent au travers - et s’intègrent difficilement. Le premier groupe se compose d’éléments colorés, lustrés, tubulaires et rectilignes dans l’esprit d’un répertoire plastique déjà connu à l’artiste. Les pigments créent un liant chromatique entre des éléments disparates ou, au contraire, introduisent une rupture sur la surface d’une même matière. Les jonctions/disjonctions engendrées par la couleur sont ainsi superposées au jeu d’assemblage de la matière qui se compose pour l’essentiel de bois, de plâtre et de cuivre.


La « personnalité » de ces structures abstraites n’est pas seulement suggérée par la posture rectiligne, debout, des sculptures, mais aussi par l’introduction de petits éléments disparates, soit par leur couleur, soit par leur forme. Ceux-ci viennent caractériser, mais sans vraiment expliciter, les personnages. L’empreinte en négatif d’un demi-avocat, dans une matière colorée rappelant beaucoup celui du fruit, fait partie de ces détails greffés aux structures qui agissent tels des attributs, quoique très allusifs, des portraits.


Le second ensemble de sculpture se définit surtout par la blancheur des éléments et s’avère la portion la plus réussie de l’exposition. Il y a quelque chose de plus brut et de rustique dans ces assemblages qui présentent des formes parfois massives et asymétriques défiant certains principes d’équilibre. Par leur blancheur, ces oeuvres font allusion à un certain modernisme, mais s’en écartent à la fois par l’irrégularité des éléments, qui, on dirait, ont été prélevés du réel, dans une matière rocheuse brutalement fragmentée ou dans les ruines d’un bâtiment.


Ces sculptures se drapent d’une connotation urbaine et architecturale qui fait resurgir le thème de la (dé)construction déjà exploré par l’artiste. La capacité à unifier dans la sculpture l’exhibition d’un faire en processus et la pérennité du statuaire classique (revisité) résulte d’un fragile dosage que les séries de photographies de chacune des sculptures ajoutées au mur ne parviennent toutefois pas à préserver. Voulant peut-être ironiser sur la documentation de ces sculptures, ou souligner qu’il s’agit de portraits, ces photos, en un sens, sont superflues.


 

Collaboratrice

À voir en vidéo