Branle-bas de combat au Musée d’art contemporain de Montréal

Paulette Gagnon a présenté sa démission lundi.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Paulette Gagnon a présenté sa démission lundi.

Une réforme majeure se prépare au Musée d’art contemporain de Montréal où une vaste « réorganisation stratégique » annoncée mercredi par le conseil d’administration s’est soldée par la démission de sa directrice générale, Paulette Gagnon.

Mme Gagnon a présenté sa démission lundi soir aux membres du conseil d’administration et rencontré mercredi matin les employés de l’institution pour annoncer qu’elle quittera officiellement ses fonctions le 1er juin prochain.


Les rumeurs du départ de Mme Gagnon couraient déjà depuis plusieurs jours, nourries par les divergences de vues qu’entretenait la directrice avec celles du conseil d’administration, dirigé depuis août 2012 par l’homme d’affaires et mécène Alexandre Taillefer.


Changement de garde


La directrice démissionnaire a refusé de s’adresser aux médias mercredi, mais dans un communiqué officiel, le Musée d’art contemporain a jumelé l’annonce de son départ à celle de l’adoption d’un « repositionnement stratégique pour répondre aux attentes de diverses clientèles et au modèle d’affaires revisité face à l’environnement culturel et concurrentiel mondial ».


Joint par Le Devoir, le président du conseil d’administration, Alexandre Taillefer, est resté discret sur les motifs de cette démission, mais a souligné qu’il « était tout à fait honorable que Mme Gagnon ait décidé de passer le flambeau à ce moment clé ».


Ce dernier a aussi rencontré le personnel de l’établissement en après-midi pour lui exposer la nouvelle vision caressée par le conseil d’administration. « Nous sommes en train d’examiner tous les volets de l’organisation, autant les heures d’ouverture, la programmation, que le prix de la billetterie, pour mettre en place une structure qui va repositionner le musée. On doit miser sur la hausse de la fréquentation et la hausse des revenus autonomes », a-t-il insisté en entrevue. Le MAC compte actuellement 60 employés permanents et près d’une centaine d’employés occasionnels.

 

Divergences de vues


On rappellera que l’an dernier, l’ambitieux plan de « reconstruction » du musée de 80 millions de dollars prôné par Paulette Gagnon avait été rapidement mis en veilleuse. À son arrivée, le nouveau président, Alexandre Taillefer, avait revu à la baisse les projets d’agrandissement du MAC, pour des raisons budgétaires.


Selon M. Taillefer, il est clair que le musée fait désormais face à des impératifs financiers qui l’obligent à revoir complètement ses façons de faire. Ce virage majeur passera par la nomination d’une ou d’un nouveau directeur qui endossera cette nouvelle vision. Un comité spécial a déjà été formé pour lancer un appel de candidatures et recevoir les dossiers d’aspirants directeurs et directrices. Un choix final devrait être arrêté à la fin de l’été.

 

Visionnaires recherchés


« On va ratisser très large et être très créatifs. Nous souhaitons obtenir le plus de candidatures possible, même celles qui ne seront “pas naturelles” au musée. Nous sommes tous à la recherche d’une Nathalie Bondil ! », a fait valoir le président du MAC, faisant référence au dynamisme notoire de celle qui dirige le Musée des beaux-arts de Montréal.


Le Musée souhaite attirer à ce poste « prestigieux » une personnalité dynamique, à tout prix francophone, qui se démarquera par son leadership, sa vision et sa capacité de dynamiser l’équipe en place. La démarche n’exclut pas le recrutement d’une grosse pointure internationale ou d’une personnalité non issue des milieux universitaires ou de l’art contemporain.


Le départ de Mme Gagnon survient après l’annonce, la semaine dernière, de la conservatrice en chef, Marie Fraser. Selon les informations obtenues par Le Devoir, d’autres postes seront affectés par ce branle-bas de combat, qui prévoit, notamment, l’embauche d’un directeur des ventes et du marketing.


Déjà, plusieurs noms circulent dans cette course à la direction, dont celui de Chantal Pontbriand, commissaire en art contemporain récemment honorée d’un prix du Conseil du gouverneur général du Canada en arts visuels pour son apport exceptionnel au développement de la critique en art contemporain, Gaétane Verna, directrice au Power Plant de Toronto, Stéphane Aquin, actuel conservateur de l’art contemporain au Musée des beaux-arts de Montréal, et John Zeppetelli, commissaire à la Fondation DHC/Art.


Réactions prudentes


Le directeur du Regroupement des artistes en arts visuels (RAAV), Christian Bédard, s’est dit mercredi très étonné de ce départ. « Mme Gagnon semblait faire un très bon travail, mais il est évident qu’il y a un coup de barre à donner pour accueillir un public plus jeune », a-t-il dit. Le Regroupement des centres d’artistes autogérés du Québec (RCAAQ) a dit aussi suivre de très près tous ces remaniements. « On comprend que le nouveau président est en train d’intervenir sur l’ensemble de l’institution, a dit Bastien Gilbert. Ça pourrait être très intéressant. »

1 commentaire
  • France Marcotte - Inscrite 28 mars 2013 16 h 13

    La Culture du secret

    Madame démissionne on ne sait trop pourquoi.

    À ce niveau, on fait les choses en catimini.

    Après tout, la culture officielle en regarde certains et pas d'autres au-delà des guichets où le commun fait la queue.