Le Québec s’illustre à New York par ses galeries d’art

L’artiste Dominique Blain présente un tapis aux motifs de mines antipersonnel, réel et intégré par photomontage dans une image du bureau ovale à l’ère d’Obama.
Photo: François Pesant - Le Devoir L’artiste Dominique Blain présente un tapis aux motifs de mines antipersonnel, réel et intégré par photomontage dans une image du bureau ovale à l’ère d’Obama.

Manhattan — Bien qu’en marge de la plus notoire, l’Armory Show, les autres foires qui font la semaine des arts sur Manhattan sont également très courues. C’est d’ailleurs à Scope et à Volta que s’illustrent encore cette année les galeries québécoises, venues elles aussi mettre en valeur certains de leurs artistes dans la Grosse Pomme, qui demeure à ce jour une destination clé de la scène internationale de l’art actuel.


D’une édition à l’autre, Scope tend à se définir en privilégiant des oeuvres à l’iconographie pop et portées sur les jeux de matière. La foire, du reste, est passée du générique chapiteau blanc qu’elle occupait l’année passée à l’imposant bureau de poste historique, sur la 8e avenue. Ce nouveau site a de quoi lui donner meilleure mine, d’autant que des artistes ont été invités à y faire des installations sur mesure.


C’est parmi la « featured section » regroupant ces oeuvres qu’est mis en relief le Québec. La considération qui lui est consacrée est en fait une présentation de l’Association des galeries d’art contemporain (AGAC), qui occupe un kiosque avec une sélection de 11 de ses membres. Chaque galerie présente l’oeuvre d’un artiste, moins choisi pour coller au thème « savoir-faire » donné en prélude, que pour son potentiel d’attrait en ces lieux.


Pour les artistes Paul Bourgault (Galerie d’Este) et Éric Ladouceur (galerie Graff) rencontrés sur place, la présence de leur travail à cette foire constitue en quelque sorte une bouteille lancée à la mer. Déjà remarquée par les organisateurs, l’oeuvre de Dil Hildebrand (Pierre-François Ouellette art contemporain) figure quant à elle sur le dépliant de l’événement que tous les visiteurs ont à la main.


La directrice de l’AGAC Julie Lacroix constate avec satisfaction cette percée. Les deux premières années de leur participation aux foires avaient pris la forme d’expositions satellites, « la suite logique, dit-elle, était d’intégrer la foire avec une expo de groupe, dans la perspective d’avoir plusieurs kiosques individuels la prochaine fois ». C’est déjà le cas pour la galerie Art Mûr, qui en est à sa deuxième présence à Scope et qui a mis l’accent cette année sur des oeuvres à propos de la situation des peuples autochtones au Canada.


Des deux foires, Volta reste cependant la plus convoitée et la plus sérieuse, elle qui procède aussi par invitations, mais qui mise sur des solos d’artistes. « Cette formule, pense Émilie Grandmont Bérubé de la galerie Trois Points, qui fait son baptême à Volta, a l’avantage de mettre l’accent sur la démarche de l’artiste. » Du peintre Mathieu Lévesque choisi par la galerie, il est ainsi donné à voir des oeuvres récentes, dont le sophistiqué accrochage a été pensé pour l’espace du kiosque.


Il faut aussi compter parmi la délégation québécoise la galerie Battat qui montre trois projets de Patrick Bernatchez. Quant à elle, la toute nouvelle galerie Antoine Ertaskiran y fait sa première et précoce apparition, avec Dominique Blain, dont les oeuvres en partie déjà exposées à Montréal, trouve une résonance particulière chez nos voisins du Sud. Son tapis aux motifs de mines antipersonnel, réel et intégré par photomontage dans une image du bureau ovale à l’ère d’Obama, rappelle, alors qu’une pétition à ce sujet sera présentée au président cette semaine, que les États-Unis n’ont toujours pas adhéré à la Convention sur l’interdiction des mines antipersonnel. Cette coïncidence n’est pas pour déplaire à l’artiste qui, marché de l’art ou pas, y va de propositions audacieuses à portée politique.


 

Collaboratrice