Gros plan sur l’art indigène

La Vancouvéroise Rebecca Belmore, décrit, de façon à la fois crue et esthétique avec Fringe, l’indifférence du public à l’égard du sort réservé aux jeunes femmes autochtones.
Photo: MBAC La Vancouvéroise Rebecca Belmore, décrit, de façon à la fois crue et esthétique avec Fringe, l’indifférence du public à l’égard du sort réservé aux jeunes femmes autochtones.

Le Musée national des beaux-arts du Canada (MBAC) présentera l’été prochain la plus vaste exposition consacrée à l’art indigène actuel jamais organisée, avec un survol regroupant quelque 150 oeuvres de 75 artistes issus de communautés autochtones d’Amérique, d’Europe et d’Asie, conjuguant le passé au présent.

Intitulée Sakahàn, qui veut dire « faire du feu » en langue algonquine, cette exposition réalisée grâce aux prêts de collections privées et publiques sera la toute première d’une série consacrée tous les cinq ans à l’art des peuples autochtones par le musée canadien. Cette première cuvée rassemblera les oeuvres de plus d’une vingtaine d’artistes canadiens de communautés autochtones diverses, ainsi que celles d’artistes issus des peuples sami de Finlande, guarani du Brésil, navajo des États-Unis, aborigène d’Australie et maori de Nouvelle-Zélande, ainu du Japon ou inuit du Groenland.


Un fil conducteur relie ces oeuvres disparates, repérées par les commissaires aux quatre coins de la planète et choisies avec l’aide d’un comité consultatif international. « Ces artistes combinent l’art contemporain à des notions ancestrales et parlent de sujets communs, dont l’identité, la spiritualité et l’exil », a expliqué mardi Greg Hill, conservateur de l’art indigène au MBAC.


À mille lieues des clichés souvent entretenus sur l’art autochtone, plusieurs de ces oeuvres remettent en question de manière puissamment contemporaine des enjeux actuels, à l’aide de démarches esthétiques aussi diverses que la peinture, la photographie, l’installation, la performance et la vidéo.


Pour l’artiste ainu d’Hokkaïdo au Japon, Toru Kaizama, qui interroge subtilement sa propre identité en sculptant dans le bois un vêtement innu dévoilé par une fermeture à glissière, on retrouve d’autres oeuvres plus « coup de poing », dont celle de l’Américain d’origine cherokee, Jimmie Durham, Encore tranquillité. Cette sculpture monumentale, faite d’un avion bimoteur écrasé sous le poids d’une pierre géante, sera une des oeuvres maîtresses de ce Sakahàn, qui jette un regard éclaté sur la réalité autochtone.


Défier les stéréotypes


Ce parcours tout en diversité fera place aussi à l’art de la Vancouvéroise Rebecca Belmore, qui décrit, de façon à la fois crue et esthétique avec Fringe, l’indifférence du public à l’égard du sort réservé aux jeunes femmes autochtones. D’autres oeuvres métissent les représentations contemporaines avec des techniques ancestrales, dont celle de Brian Jungen, dont les gravures sur un bidon d’essence singent l’art du perlage, propre aux Dénés. D’Australie, on pourra voir l’installation de Vernon Ah Kee, constitué de 12 planches de surf affichant d’un côté les motifs traditionnels de boucliers, et de l’autre, les visages d’autochtones.


« Ces artistes mettent au défi les idées préconçues sur l’art indigène et les stéréotypes. Même si ces oeuvres sont toutes très différentes, nous avons découvert qu’elles dialoguaient entre elles. Que ce soit fait de façon marquée ou plus subtile, cet art indigène puise dans le passé, même si l’esthétique est parfois très frappante », insiste Christine Lalonde, conservatrice associée à l’art indigène.


Cette exposition, la première d’une série de quinquennale, sera présentée à compter du 17 mai et jusqu’au 2 septembre 2013. En plus des oeuvres d’artistes renommés et émergents exposés au MBAC, plusieurs autres institutions se joindront à ce grand hommage à l’art actuel indigène dont le Centre d’art autochtone, la Galerie 101, la Galerie Saw, l’École d’art d’Ottawa et le Museum of New Zealand Te Papa Tongarewa.

1 commentaire
  • François Dugal - Inscrit 13 février 2013 07 h 50

    Le monomoteur

    Dans l'édition papier, la vignette de l'avion écrasé par une roche dit que c'est un bimoteur. Désolé, mais ce que je vois est un monomoteur.