Enchères pipées pour un Picasso?

Peint en 1932, Femme assise près de la fenêtre est l’un des nombreux portraits que Picasso a peints de Marie-Thérèse Walter. Sotheby’s a estimé que la valeur du tableau se situait entre 40 et 55 millions de dollars, une évaluation qui aurait dû être plus conservatrice selon plusieurs experts.
Photo: Agence France-Presse (photo) Carl Court Peint en 1932, Femme assise près de la fenêtre est l’un des nombreux portraits que Picasso a peints de Marie-Thérèse Walter. Sotheby’s a estimé que la valeur du tableau se situait entre 40 et 55 millions de dollars, une évaluation qui aurait dû être plus conservatrice selon plusieurs experts.

Le tableau de Pablo Picasso Femme assise près de la fenêtre, vendu chez Sotheby’s le 5 février, continue de faire jaser. Impressionnante, la somme de 45 millions de dollars canadiens déboursée est en réalité à peine plus élevée que la réserve, c’est-à-dire le montant minimal exigé par le vendeur. Qui plus est, dans le milieu, certains parlent d’un prix et d’une évaluation trop élevés. La vente s’étant de surcroît conclue au téléphone avec un acheteur anonyme alors qu’aucun enchérisseur ne s’est manifesté dans la salle, les supputations vont bon train depuis.

Peint en 1932, Femme assise près de la fenêtre est l’un des nombreux portraits que Picasso a peint de Marie-Thérèse Walter, muse ayant dominé sa période surréaliste. Sotheby’s a estimé que la valeur du tableau se situait entre 40 et 55 millions de dollars, une évaluation qui aurait dû être plus conservatrice selon plusieurs experts. Moins abouti, par exemple, que Le rêve, vendu 41 millions en 2011, Femme assise près de la fenêtre aurait ainsi été vendu 20 % au-dessus du marché.


Chez Sotheby’s, on reconnaît qu’il arrive qu’un vendeur exige une garantie que son oeuvre trouvera preneur pour un montant minimal. À la société de vente aux enchères, ensuite, de trouver un acheteur « sûr ». C’est le garant. En ce qui concerne Femme assise près de la fenêtre, deux symboles dans le catalogue suggèrent un tel cas de figure. Le premier, un petit rond, indique que Sotheby’s supporte « en totalité ou en partie » cette garantie consentie au vendeur. Un signe en forme de fer à cheval signifie pour sa part que l’enchère est irrévocable, rendant toute rétractation impossible. Ici, tant le vendeur que Sotheby’s sortent couverts.


Transactions dopées


Légale, cette manière de procéder n’en modifie pas moins le jeu des enchères, puisque celles-ci se voient gonflées artificiellement en amont du processus. Pipés de la sorte, les dés avantagent au premier chef le vendeur, mais la société de vente aux enchères choisie par ce dernier y trouve également son compte. En effet, plus élevé est le montant de la vente, plus importante est la somme perçue en guise de commission. Avec cette seule transaction, Sotheby’s a touché près de 5 millions de dollars en frais.


Qualifié d’autodopage par Thomas Seydoux, courtier en art et ancien employé de Christie’s, ce système irrite les connaisseurs qui refusent de payer le gros prix pour une oeuvre moyenne, fût-elle celle d’un maître.