Exposition - Mémoire en boucle

Un extrait de La lignée, une œuvre d’Anne-Renée Hotte faisant partie de l’exposition La lenteur et autres soubresauts
Photo: Anne-Renée Hotte Un extrait de La lignée, une œuvre d’Anne-Renée Hotte faisant partie de l’exposition La lenteur et autres soubresauts

La lenteur et autres soubresauts est une exposition à trois voix euphoniques, trois visions miroirs, celles de Nathalie Grimard, d’Erika Kierulf et d’Anne-Renée Hotte. La directrice de la Galerie Trois Points, à Montréal, Émilie Grandmont-Bérubé, a le mérite de prendre des risques en mettant de l’avant deux artistes émergentes (Kierulf et Hotte), aux côtés d’une artiste établie (Grimard), en plus d’assurer une direction artistique de plus en plus définie. Parce que certaines oeuvres s’installent dans notre esprit avec plus d’insistance, il incombe d’y revenir et de s’y attarder.

Fin décembre dans les Cantons de l’Est, le ciel est couvert, la lumière blafarde. Le silence de la forêt est troublé par quelques cris d’oiseaux insistants et le sifflement strident de feux d’artifice, souvenir de la veille. La scène est pittoresque. Nous sommes dans La lignée (2013), première vidéo d’art de la jeune photographe de formation Anne-Renée Hotte. Courte et compacte, cette vidéo laisse une forte empreinte visuelle d’entrée de jeu.


Hotte s’est donné un objectif aussi original qu’ambitieux, soit l’exploration du principe de la filiation, du clan et des relations intergénérationnelles. Des figurants de tous âges semblablement vêtus, manteau noir sur fond blanc, deviennent un pur ravissement pour l’oeil qui se souvient des tableaux magistraux du peintre canadien Jean Paul Lemieux.


Présentée en boucle dans la salle adjacente à l’espace d’exposition principal, La lignée s’articule comme un cycle. De travelling en travelling, entrecoupé de fondus enchaînés (trop ?) succincts, le spectateur reste pourtant sur sa faim, quoique sincèrement titillé pendant ces quelque six minutes. Un léger laisser-aller, peut-être, en ce qui a trait aux transitions entre les séquences, elles-mêmes trop courtes, empêche une réelle immersion dans les enjeux défendus par cette oeuvre.


Force est d’admettre que le passage de la photographie à la vidéo se fait rarement sans heurt chez le photographe. Chez Anne-Renée Hotte, la transition vers le mouvement n’est pas encore tout à fait aboutie, mais le résultat n’en reste pas moins remarquable. Une première exposition individuelle lui sera d’ailleurs consacrée à la même galerie, parallèlement aux activités du Mois de la photo à Montréal, à l’automne 2013. À suivre.


***
 

Collaboration spéciale