Chrono-végétation

Diane Morin propose avec Imbrication (machine à réduire le temps) une œuvre de grande maîtrise dont les effets sont saisissants.
Photo: Diane Morin Diane Morin propose avec Imbrication (machine à réduire le temps) une œuvre de grande maîtrise dont les effets sont saisissants.

Ça faisait un moment qu’on n’avait pas vu le travail de Diane Morin à Montréal. Depuis 2008, pour être plus précise, lors d’une exposition en duo avec Nelly-Ève Rajotte, commissariée par Nicole Gingras et présentée à la SAT. Le souvenir de ces petits théâtres d’ombres, des tiroirs transformés en boîtes lumineuses où s’agitaient de petits mécanismes, reste prégnant à l’esprit. Avec la présente exposition chez Circa, l’artiste propose une autre oeuvre de grande maîtrise dont les effets sont saisissants.

Le nouveau dispositif mécanisé de l’artiste a encore besoin de la pénombre, et par contraste de la lumière, pour se réaliser. Contrairement aux Capteurs d’ombres en 2008, qui privilégiaient pour ainsi dire plusieurs microscènes, les événements cinétiques produits se déploient ici sur un même long plan horizontal. Cette disposition confirme le genre du paysage choisi par l’artiste, qui a préféré cette fois clarifier la nature des objets à la source des ombres portées. Il s’agit d’arbres miniatures employés habituellement dans la conception de maquettes, qui tiennent au sol sur trois rangées et dont les ombres surgissent à qui mieux mieux sur le plan laissé vierge derrière.


Les certitudes s’arrêtent pourtant ici, l’artiste refusant de dévoiler juste ce qu’il faut d’informations pour capter l’attention. L’oeuvre cinétique a précisément pour fondement de constamment relancer et de mettre à l’épreuve la perception du visiteur, processus qui devient un événement coexistant à l’oeuvre en train de se produire. Cette dimension est particulièrement investie par l’artiste qui, de semaine en semaine, tout au long de l’exposition, enrichit les projections d’ombres par différents scénarios de programmation qui s’ajoutent les uns aux autres.


Ces différents scénarios, ou tableaux, se rendent perceptibles dans le temps passé avec l’oeuvre. La durée est donc elle-même une composante de l’installation et elle se donne à voir ou à sentir par la rangée de lumières DEL, qui s’allument et s’éteignent selon une fréquence et des vitesses variables. À cela s’ajoute aussi à l’occasion un mouvement motorisé d’une des rangées d’arbres, ce qui stimule et complexifie encore davantage la chorégraphie de leurs ombres portées, des animations rudimentaires aux effets décuplés.


Suivant une propension déjà marquée, Diane Morin laisse apparents la quincaillerie et le filage du dispositif. Ici, ils sont même placés devant l’espace de projection. Ainsi, les ombres mirifiques ne triomphent jamais seules, mais sont simultanément perçues avec la machine qui les génère. Même que, détail non négligeable, le plan où les animations se jettent est plus court que la structure robotisée devant. Une tension fine, mais vive, s’impose entre l’illusion de la représentation et le concret de la machine et des objets.


Ce qui donne au travail de Diane Morin toute sa force, c’est aussi son caractère expérimental, l’insistance que l’artiste accorde à une fabrication de son cru. Peut-être un heureux accident dû à cette démarche artisanale, le grincement produit par un levier frottant sur le plexiglas qui agit en guise de structure est un son qui, parce qu’il surgit dans la noirceur, parvient lui aussi à habilement tromper les sens.


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Collaboratrice