La dissidence à L’Arsenal

Animal Farm, de l’artiste Chang Lei
Photo: photos l’arsenal Animal Farm, de l’artiste Chang Lei

Moins d’un an après son inauguration officielle, quelques semaines après le départ de la galerie René Blouin, l’ancien chantier naval double ses espaces. Parmi les nouveautés, une salle exclusive à des expositions d’envergure. La manifestation inaugurale, Coup de foudre chinois, regroupe 13 artistes. Le célèbre Ai Weiwei n’y est pas, mais son Weiwei-isms, petit livre noir en riposte au rouge de Mao, bénéficiera pour l’occasion de sa sortie canadienne. L’expo est signée Pia Copper, une Canadienne de Paris, rare Occidentale experte de l’art contemporain de la Chine.


L’Arsenal n’avait été développé qu’à moitié. Il possédait un hangar de 20 000 pieds carrés, qui a notamment accueilli les festivités autour du Grand Prix de Formule 1. En voilà un second de 22 000 pieds carrés, aménagé autour d’un quai de chargement dans Griffintown. La Semaine de mode de Montréal se tiendra là, dès lundi.


Ces deux espaces à vocation événementielle sont séparés par la nouvelle salle d’expositions, aire ouverte de dimension plus modeste. Le directeur de L’Arsenal, Jean-François Bélisle, la présente comme « une salle de musée qui reste comme ça ». Elle bénéficiera des revenus tirés de la location du complexe et de la manne de visiteurs. « Le but, entre la Semaine de mode ou la Formule 1, c’est d’amener des publics à l’art contemporain », souhaite-t-il.


Jean-François Bélisle ne commente le cas René Blouin que du bout des lèvres, laissant entendre que ce départ n’a « pas d’impact ». L’entreprise travaillera encore pour le salut du Québec artistique.


« L’Arsenal a pour but d’aider les artistes montréalais, québécois et canadiens sur les scènes nationales et internationales. Pour faire ça correctement, il faut s’ouvrir. C’est une route à double voie. Il me semblait important de lancer ce message dès la première exposition. »

 

Visions de la Chine


Présentée jusqu’en juillet, Coup de foudre chinois regroupe près de cinquante oeuvres - peintures, photographies, sculptures et vidéos -, signées d’artistes de la trempe des Gao Brothers et de Qiu Jie, fondateur du pop-art chinois, ainsi que de plus jeunes. La sélection, dans les mots de la commissaire Pia Copper, reflète un art « très dissident ». « Chaque artiste a sa vision de la Chine. Ce sont des critiques, faites de façon très belle. Chang Lei, qui parle de propagande, se représente en eunuque parce qu’il dit que les hommes chinois n’ont pas les « balls for criticize », confie-t-elle, en anglais. Il représente sa génération qui manque de courage. »


Pour Pia Copper, qui fréquente les Gao et Ai Weiwei depuis 15 ans, on vit une époque non plus d’invasion chinoise, mais de raffinement de l’art chinois. La censure et la difficulté à faire sortir les oeuvres demeurent, mais les foires occidentales sont devenues aussi plus sélectives.


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