Montréal en 26 lettres (bis)

L’artiste Aude Moreau a utilisé les fenêtres et l’éclairage interne des dix derniers étages d’un des immeubles emblématiques de Montréal, la tour de la Bourse, pour diffuser le message « Sortir » dans l’horizon nocturne montréalais.
Photo: Aude Moreau L’artiste Aude Moreau a utilisé les fenêtres et l’éclairage interne des dix derniers étages d’un des immeubles emblématiques de Montréal, la tour de la Bourse, pour diffuser le message « Sortir » dans l’horizon nocturne montréalais.

Après une première phase lancée en novembre, l’autoportrait de Montréal tel qu’il a été imaginé par les citoyens se poursuit au Centre canadien d’architecture (CCA), où la métropole se déclinera dès jeudi sur de nouvelles notes plus rebelles avec #université, #manifencours, #griffintown, mais aussi avec… #poubelle.

L’expo-événement sur Montréal avait accouché l’automne dernier d’un abécédaire en perpétuel mouvement, à la suite d’un appel d’idées lancé auprès des artistes et du grand public, les invitant à incarner dans une lettre ce que représentait Montréal pour eux.


La première partie avait donné vie aux propositions les plus insolites, utilisant tant le texte et la vidéo que l’art et la photographie pour témoigner d’impressions urbaines glanées çà et là. Avec pour résultat des suggestions comme #indépendant pour I, illustrant la profusion des groupes rock indies à Montréal, #soccer pour S, terrain de convergence des communautés culturelles, et #citoyen pour C, accompagné de photos de policiers de l’escouade anti-émeute.


Pour cette nouvelle phase, ce Montréal de A à Z porté par l’exposition ABC : MTL subit donc une mue complète, avec une toute nouvelle série de propositions hétéroclites venues d’architectes, d’urbanistes et d’artistes, dont plusieurs exploitent la récente rébellion vécue lors du printemps érable. Voici, en quelques lettres, des bribes de ce nouveau dictionnaire montréalais :


A comme #aveugle : pour les murs qui ferment les maisons laissées à l’abandon par des promoteurs-propriétaires peu soucieux du patrimoine. Symbole suprême de ce mode de démolition passif : la maison Lafontaine qui décrépit depuis les années 1970 dans le quartier du Golden Square Mile.


A comme #archicontre : à la manière de la Montagne rouge, les étudiants en architecture de l’UdeM ont rivalisé d’imagination pour décrier la hausse des droits de scolarité le printemps dernier. Leurs projets sont présentés, dont celui de l’opération Cale-portes rouges, coincés dans l’entrée de la Bourse, pour dire haut et fort que les institutions se devaient de rester ouvertes à l’éducation.


G comme #griffintown : deux artistes engagés de Stuttgart jettent un regard sur la gentrification de Griffintown. Sur une musique de Deep Purple, les deux artistes chantent à travers les zones décrépites de ce quartier en mutation dans le clip Make No $mall Plans.


C comme #condos : nouvelle icône de la ville urbaine moderne, ce mode de vie idéalisé est l’objet de tout un imaginaire, promu par les campagnes de publicité et de marketing. L’objet est tantôt honni, pour cause de gentrification de quartiers tant aimés, tantôt glorifié, quand il redonne vie aux zones en friche. Aimé ou haï, le condo ?


M comme #manifencours : gros plan sur l’une des plateformes numériques qui ont suivi le pouls du Printemps érable. À l’aide de photos, de vidéos et de commentaires en direct, ce projet raconte comment ce compte Twitter a joué un rôle clé dans l’émergence du mouvement qui a fait rougir la métropole.


P comme #polyuréthane : Il fallait être belge pour déceler cette singularité architecturale montréalaise. Le collectif Rotor du plat pays cite le polyuréthane, cette mousse isolante projetée, comme une de nos spécificités urbaines. Le matériau, qui roussit au soleil, s’étale sur la plupart des murs isolés adjacents aux lots vacants. Recouvrement temporaire devenu permanent, la mousse multiplie dans le paysage de Montréal de bizarres parois rouillées et boursouflées.


P comme #planespotters : l’aéroport rattrapé par la ville, ça donne des atterrissages et des décollages à deux jets de pierre. Dans le projet YUL/YMX/YCV, deux artistes explorent l’imaginaire de ces curieux qui suivent le va-et-vient des avions.


P comme #poubelle : à partir de vêtements trouvés, récupérés dans les rues de Montréal puis sagement inventoriés, l’artiste Kesso Saulnier présente d’étranges courtepointes, témoignages textiles des artères où ces souvenirs ont été glanés.


S comme #sortir : Dans ce projet, l’artiste Aude Moreau a utilisé les fenêtres et l’éclairage interne des dix derniers étages d’un des immeubles emblématiques de Montréal, la tour de la Bourse, pour diffuser le message « Sortir » dans l’horizon nocturne montréalais. Filmée à bord d’un hélicoptère, la vidéo de cette installation d’art urbain souligne la relation ambivalente entre la consommation de biens culturels et ce haut lieu du capitalisme.


Ce regard inusité sur le Montréal urbain, vu à travers un lexique de 26 lettres, prendra fin le 31 mars au CCA.

1 commentaire
  • Michel Bédard - Inscrit 29 janvier 2013 13 h 55

    Mtl, de A à Z.

    A comme dans Aveuglement volontaire, Abdication. B: Bas de gamme. C: Cuit, Cul-de-sac, Corruption. D: Déroute. E: Extras, Enveloppes brunes. F: Faux (toc), Faim, Fermeture. G: Graffitis. I: Itinérants, Incurie, Immobilisme. J: Jaune (rire). K: Kalachnikov. L: Lapin (cause toujours mon...). M: M.3%, Merdier (mais quel...). N: Nid-de-poule. O: Opacité. P: Postiche, Pauvreté (appauvrissement). Q: Quelconque, Quiescence, Quarantaine. R: Retard (immense). S: Silence (on tourne... en rond). T: Tatouin, Timoré (élus locaux). U: Ultraléger (comme dans Léger & Léger Marketing), Usuraire (taux, surfact. des contrats à la Ville). V: Virevoltes. W: Wagon (de queue, ou au mieux wagon-lits). Zzzz...