Pirate du tricot à 70 ans

Guiseppa Terresi est l’une des premières résidentes du CHSLD Providence Notre-Dame de Lourdes à avoir participé aux ateliers de tricot-graffiti de Karine Fournier.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Guiseppa Terresi est l’une des premières résidentes du CHSLD Providence Notre-Dame de Lourdes à avoir participé aux ateliers de tricot-graffiti de Karine Fournier.

Avec son Parkinson avancé, Guiseppa Terresi, 70 ans, ne se doutait pas qu’elle renouerait avec son passé de couturière, pour se tricoter un présent, et un petit bout de futur aussi. Jusqu’à ce que des artistes débarquent en résidence à son Centre d’hébergement et de soins de longue durée (CHSLD), dans Hochelaga-Maisonneuve à Montréal.

C’est une histoire de tissage de relations humaines. Un fil de laine qui, de boucle en boucle, raccroche à la vie. Après la broderie de Christine Brault en 2011, c’est le tricot-graffiti de Karine Fournier qui a réanimé le doigté de Guiseppa Terresi, à l’occasion d’une résidence artistique.


« Je ne savais pas tricoter, alors j’assemblais les morceaux, raconte la vieille dame, d’une petite voix douce, à l’accent italien charmant. Ça m’a donné une occupation, je ne pensais plus à la maladie, juste à faire l’assemblage. »


Elle a aussi participé à emballer les arbres, poteaux et autres parcomètres des patchworks de tricots colorés, intervention publique qui donne à la pratique artisanale toute la charge sociale et la couleur du graffiti.


« Mme Terresi est une des premières qui ont participé aux ateliers ; elle disait que ça l’avait raccrochée à la vie », rapporte Nathalie Laguë, récréologue au CHSLD Providence Notre-Dame de Lourdes, qui a accueilli ce projet-pilote de résidence d’artistes. Elle mène aussi, parallèlement, une maîtrise sur l’intégration de l’art contemporain dans les CHSLD.

 

Des écoles au milieu hospitalier


Les résidences artistiques se répandent dans les écoles. Le milieu hospitalier s’ouvre aussi de plus en plus à l’expérience, sous l’impulsion du directeur du CHUM, Christian Paire. À Providence Notre-Dame de Lourdes, c’est la troisième résidence du genre instituée par l’organisme C2S Arts et événements.


« Ça commence à prendre de l’ampleur et c’est ce qu’on veut, dit la récréologue. On s’est aperçu que c’était valorisant pour les résidents et leurs proches. »


« Mes enfants étaient fiers de voir que je faisais quelque chose de créatif », confirme Mme Terresi. Arrivée au pays à 20 ans avec sa famille, elle a travaillé comme couturière pendant 30 ans chez Christina Canada.


« Ces gens-là ont le droit d’avoir accès à l’art et à la culture, estime Mme Laguë. Il faut apporter autre chose que le loisir conventionnel. Souvent, on isole nos aînés alors qu’ils sont capables de participer à la communauté. »

 

Mailles d’espoir


L’artiste Karine Fournier a passé huit semaines à tricoter des liens avec les aînés, dans les corridors et les chambres, à l’automne. Ses ateliers menés avec huit résidentes ont attiré d’autres résidents curieux. Même les employés du centre sont tombés sous le charme, se prêtant au jeu de mailles et d’aiguilles. L’expérience se prolonge actuellement dans la petite exposition Au bout du fil (jusqu’au 17 février à la Maison de la culture Maisonneuve) avec un documentaire racontant la démarche.


« Ça m’a apporté beaucoup, humainement, confie l’artiste, de voir Mme Terresi persévérer malgré sa maladie, tant qu’il y a de l’espoir. » Elle évoque aussi Mme Bergeron, folle du tricot, qui avait déjà accumulé dans son garde-robe de quoi envelopper tout un arbre ! Et Mathilde Forget, 99 ans, qui tricotait des fleurs…


« Le tricot n’a pas besoin d’être parfait, dit-elle. On peut faire juste des mailles à l’endroit tout le temps. Des petits carrés ou des grands rectangles. Et s’il y a des trous, ça fait juste le rendre plus humain. »


Des trous, il y en a eu, puisqu’une bonne part des tricots-graffitis accrochés aux éléments urbains de la Promenade Ontario ont dû être retirés, à la demande de la Ville, qui jugeait l’acte suspect. Karine Fournier les a insérés dans l’exposition pour apprendre, le jour du vernissage, qu’ils pouvaient retourner dans la rue.


« Même des adolescents passés pendant qu’on installait les tricots dehors nous ont demandé si on avait un permis, raconte-t-elle. J’ai répondu non, on est des tricots-pirates ! »

***

Tricothon et Échangeur-tricot

Artiste visuelle diplômée de l’UQAM, Karine Fournier alias Tricot Pirate adorait insérer toutes sortes de tissus dans ses œuvres, tant picturales qu’en installation. Mais le tricot n’entre pas dans les galeries. Qu’à cela ne tienne, elle a fait de la rue son canevas, en guise de pied de nez aux institutions.

Elle a fondé le collectif de tricot-graffiti les Villes-Laine en 2011 avec quatre comparses. Cette forme d’art urbain, répandue à travers le monde (yarn bombing) consiste à revêtir de tricot le mobilier et les éléments naturels des villes. Pour investir l’espace public et colorer l’environnement bétonné !

Prochain projet : Échangeur-tricot. Les Ville-Laine comptent emballer un pilier de l’échangeur Turcot en soutien au groupe communautaire Mobilisation Turcot. Elles invitent le public à leur envoyer un morceau de tricot (1 pied minimum). Un tricothon s’organise déjà au CHSLD…

1 commentaire
  • Jean Racine - Abonné 26 janvier 2013 20 h 20

    Hydro bêtise v Montréal connerie.

    Tout respire la vie dans l`épopée de Karine Fournier.
    Et l`an dernier Hydro Q faisait enlever à Québec un dessin fait de je ne me souviens quoi
    sur un poteau de bois bitumé ( donc malodorant et laid).
    C`était gênant pour notre ville jusqu`à aujourd`hui ou nous savons que la sottise
    existe aussi à Montréal.