Beau livre - Entrer dans l’agence

Monsieur Sipa, c’est Göksin Sipahioglu, un amoureux de l’information, un photojournaliste piqué de curiosité qui a marqué toute une génération de journalistes et de photographes avec la création, au début des années 1970, de son agence Sipa, son diminutif. Depuis octobre 2011, il n’est plus. Mais il laisse des héritiers de sa passion présentés dans cet ouvrage.


Quelque 12 000 photoreporters ont contribué à l’épopée de Sipa grâce à l’enthousiasme de ce boulimique de l’information, un de ces hommes rares qui soutiennent les autres dans la réalisation de leurs rêves. À une époque où tout était possible, M. Sipa a inculqué à des apprentis photographes les bases du métier : curiosité, intelligence, débrouillardise et passion. « Aujourd’hui, la photo est tellement entrée en moi que je sais traiter l’info : pourquoi, comment… », dit-il.


Ce livre retourne dans l’histoire de l’agence à travers 80 parcours, 80 photos racontées par leurs auteurs et souvent liées à des conflits. Le bombardement de Phnom Penh en février 1974 est raconté par la photographe Christine Spengler, qui a été bouleversée par « l’ampleur de la tragédie sous ce pâle soleil, qui n’éclaire plus que des ruines ». Puis il y a eu la destruction du mur de Berlin, le 11-Septembre à New York et jusqu’à la Grèce en colère.


26 décembre 1981, Iran. Un garçon de 13 ans, un bassidji coincé dans la guerre opposant l’Iran à l’Irak, est couché dans une tranchée de boue, une longue arme à la main. Joue-t-il à la guerre comme d’autres garçonnets de son âge ailleurs dans le monde ? Non. C’est un milicien volontaire « auquel on a promis, comme à tant d’autres, le paradis », écrit le photoreporter iranien Alfred Yaghobzadeh, qui a commencé à travailler pour Sipa en pleine crise iranienne des otages. « Il veut que je le photographie. Emblématique, l’image est publiée partout. Göksin me demande de retrouver l’adolescent pour réaliser un reportage sur son quotidien de jeune combattant. Il a été tué dix jours après la prise de vue… »


Cet excellent ouvrage trace un portrait passionnant du photojournalisme, un combiné d’information et de passion.