Design - Échos graphiques de l’École de la montagne rouge

Les créations de l’École de la montagne rouge sont exposées au Centre de design de l’UQAM.
Photo: École de la montagne rouge Les créations de l’École de la montagne rouge sont exposées au Centre de design de l’UQAM.

Le combat est à venir. Le slogan, doublé de l’image de vague déferlante, restera intimement associé au printemps étudiant. Mais son génie intemporel témoigne aussi du flair artistique de l’École de la montagne rouge (EDLMR), un collectif d’étudiants en design graphique de l’UQAM qui a produit une grande part du visuel des manifestations étudiantes, exposé dès jeudi au Centre de design de l’université du centre-ville de Montréal.

« Je voulais montrer une autre facette du mouvement étudiant au public, le côté esthétique », explique au Devoir le directeur du Centre de design de l’UQAM, Börkur Bergmann.


Le grand cube rouge de « Bloquons la hausse », le poing brandi du « printemps érable », l’autruche de « l’État sauvage », les gueules de chien « m/ordre » évoquant les « bêtes féroces de l’espoir » de Miron, le drapeau fleurdelisé à la croix en forme de colombe, carré rouge au coeur : toutes ces créations et bien d’autres sont exposées jusqu’au 9 décembre.


La salle se divise en deux parties. L’une plus muséale offre au regard les dizaines d’affiches sorties en millier d’exemplaires des presses de l’EDLMR tous les 22 du mois, jours de grandes manifestations. L’autre reste fidèle au perpétuel remue-méninges ancré dans l’action, qui définit le collectif.


« L’idée, c’est l’atelier vivant », résume lors d’une visite de l’exposition en chantier Frédéric Metz, designer et professeur honoraire de l’École de design de l’UQAM, qui a agi à titre de commissaire de l’exposition. Au mur s’exhibe le matériel brut : montages graphiques, photos, esquisses, documentation ayant servi d’inspiration aux oeuvres. Une immense table de travail propose les maquettes faites à la main.


« On parle d’une action gestuelle politique sur le vif, de la rage dont résultent des images distribuées le lendemain et qui ont souvent fini à la poubelle parce qu’abîmées pendant les marches, poursuit M. Metz. Il y a très peu de visuel de qualité qui résulte d’actions politiques. Je trouve que celui-ci mérite d’être vu d’un autre point de vue : dans un musée, ça prend une autre valeur, visuelle, muséologique. Ce qui est beau [dans leur travail], c’est qu’il y a cette dualité entre graphiste et artiste ; le côté art est ressorti, mais ce n’est pas de l’art pur », indique celui qui a enseigné cette forme d’art - avec but ou message dirigé.


« La complémentarité texte et image amène le message plus loin », poursuit Guillaume Lépine, instigateur de l’EDLMR. Le carré rouge existait déjà, mais le collectif lui a donné ses lettres de noblesse et beaucoup d’autres échos graphiques.


Né en février avec la grève, le groupe s’est inspiré du mouvement de mai 1968 - « surtout de l’impact des images », précise le graphiste - et de l’université expérimentale américaine Black Mountain College, fondée dans les années 1940, qui a accueilli plusieurs artistes tels John Cage et Robert Rauschenberg.


Fidèle à la cause étudiante, le collectif a fermé ses portes en septembre pour ne pas récupérer le mouvement et ternir son art né de l’urgence.


Il sera de nouveau actif pendant l’exposition, distribuant des affiches reproduites pour l’occasion, en vendant quelques-unes aussi pour financer son projet de publication regroupant son imposant corpus graphique.


Comme quoi, même à l’ambivalente époque du tout Internet, note M. Metz, les paroles s’envolent, mais l’imprimé reste.

5 commentaires
  • France Marcotte - Abonnée 21 novembre 2012 09 h 49

    Reliques précoces

    Ce serait bien dommage par contre que la fièvre de cet art vivant appartienne déjà au passé plutôt que de servir d'inspirant exemple.

    Déjouer le musée comme piège de l'immobilité, ce mouvement en aura-t-il l'énergie vitale?

    • Myriam Barriault Fortin - Abonné 21 novembre 2012 11 h 51

      Cela prendra sans doute un certain temps avant que cette production passe de la galerie au musée et encore là quel musée.

      Je suis d'accord avec vous sur le tôt processus de remémoration / commémoration du mouvement.

      Myriam Barriault

    • Marc O. Rainville - Abonné 21 novembre 2012 14 h 09

      Il me semble que le mouvement est encore bien vivant.

    • Anne-Lucie D. Lépine - Inscrite 22 novembre 2012 06 h 11

      Cet art n'est pas mort. Il est déjà ailleurs. Il vit. Il prend place autrement avec les mêmes acteurs... Il faut lire :
      http://ecolemontagnerouge.com/la-fin-de-lecole-de-

      Toute cette énergie s'est diffusée. Le bonheur d'aller plus loin que le nid créateur.

      Anne-Lucie

  • Line Gingras - Abonnée 21 novembre 2012 20 h 19

    Écrits

    «Comme quoi, même à l’ambivalente époque du tout Internet, note M. Metz, les paroles s’envolent, mais l’imprimé reste.»

    À l'heure du pilon et de la déchiqueteuse, les écrits qui paraissent dans Internet sont-ils moins durables que les livres ou les autres imprimés?

    Les paroles s'envolent, les écrits restent. Plus longtemps.