Épelle-moi une ville

Né d’un vaste coup de sonde lancé au public en juin dernier par le CCA, ABC : MTL est en perpétuel mouvement, les propositions devant être remplacées périodiquement par de nouvelles d’ici mars 2013. Ici, Le parc d’amusement de La Ronde et le pont Jacques-Cartier, Montréal, 2004, une photographie d’Olivo Barbieri.
Photo: Collection CCA. Don de La fondation Sandra et Leo Kolber. © Olivo Barbieri Né d’un vaste coup de sonde lancé au public en juin dernier par le CCA, ABC : MTL est en perpétuel mouvement, les propositions devant être remplacées périodiquement par de nouvelles d’ici mars 2013. Ici, Le parc d’amusement de La Ronde et le pont Jacques-Cartier, Montréal, 2004, une photographie d’Olivo Barbieri.

Un autoportrait de Montréal en 26 lettres ? Cela donne Montréal qui rime avec culte, citoyen, ruelle, soccer et… urgence. ABC : MTL n’est pas une exposition, mais bien une conversation en 3D, une machine à penser la ville imaginée et lancée mercredi par le Centre canadien d’architecture (CCA). Abécédaire échevelé né d’un appel de projets lancé aux artistes et au public, l’exercice accouche d’un portrait-robot de la ville aux cent clochers, à mille lieues des idées reçues et des trappes à touristes.

« L’idée n’était pas de faire une exposition, mais d’inventer une façon d’investir l’imaginaire de la ville contemporaine. Ce sont des voix, des conversations sur des moments quotidiens, qui sont appelés à changer au fil des mois », a expliqué hier Mirko Zardini, directeur et conservateur en chef du CCA, pour expliquer la teneur de ABC : MTL, un projet inédit dans le paysage muséal.


Oubliez les incontournables icônes, lieux symboliques et autres marqueurs du paysage de l’ancien Hochelaga, l’autoportrait de la ville tracé par ces voix plurielles venues d’ici et d’ailleurs est complètement inopiné.


Montréal s’y dévoile en un puzzle d’impressions urbaines, une mosaïque collective s’intéressant autant à l’environnement bâti, aux espaces délaissés, à la vie de ses habitants qu’à ses incongruités quotidiennes.


Né d’un vaste coup de sonde lancé au public en juin dernier par le CCA, l’autoportrait urbain en 26 lettres est en perpétuel mouvement, les propositions devant être remplacées périodiquement par de nouvelles d’ici mars 2013. Le but : traduire par une idée le profil physique et social de la métropole et l’incarner dans une lettre. Carte blanche fut laissée aux participants sur les moyens de transposer l’essence de leur ville. Sur les 250 propositions reçues sous forme d’images, de clips, de textes, de performances, de poésies, de plans et plus encore, au moins le tiers est venu du grand public.


Dix collaborateurs connus, dont Atelier Big City, Saucier + Perrotte Architectes, DHC/ART, Héritage Montréal, l’ONF et Fonderie Darling, se sont associés de près à cet exercice démocratique « in progress ».


Montréal en toutes lettres


Si le CCA a sélectionné les 26 premières idées de départ, là s’arrête le contrôle sur le contenu de cette image en mouvement qui a l’allure des forums sur Internet. L’exercice intuitif révèle, et révélera encore, des surprises. L’économie, l’industrie, la corruption sont absentes de cette photo de famille - et pourtant ! Mais de nouvelles idées viendront se greffer au profil de cette métropole dressé à chaud. À terme, 90 projets seront présentés en rotation. « En fait, le résultat est tout à fait cohérent avec le flou actuel qui règne à Montréal. La réponse obtenue du public distille cette impression d’une multitude de visions sans liens entre elles, sans consensus », explique le directeur du CCA.


De A à Z


Voici en quelques lettres, quelques extraits de cet abécédaire populaire, construit tant par les Montréalais que par le regard de visiteurs de passage.

 





















Nicolas Baier, Réminiscence, 2011 DHC/ART, Fondation pour l’art contemporain


E comme dans Exil. Avec 30 % d’immigrants, Montréal est devenu une terre d’asile. Cette réalité transpire d’Histoires de vie, un projet vidéo de l’Université Concordia, qui s’immisce dans la vie de quatre Montréalais forcés de quitter leurs pays d’origine en raison de la guerre ou de violation de leurs droits.


C comme dans Citoyen. Les policiers casqués ont marqué l’imaginaire des derniers mois. Iconoclaste, la photographe Emmanuelle Léonard campe les policiers de l’anti-émeute de façon humaniste, déboulonnant l’agressivité associée à leur image. L’anti-matricule 728.

 

I comme dans Independent. Montréal est devenue la capitale de la musique Indie, avec l’émergence des Arcade Fire, Grimes, Miracle Fortress, The Dears, Bran Van 3000 et autres icônes de la scène musicale indépendante. Des vidéos de ces divers groupes sont diffusées chaque soir à 17 h au CCA.

 

I comme dans Island. Montagne d’ambitions, tonnes d’inertie. La photo de Gabor Szilasi du slogan « La fierté à une ville », opposé à la zone délaissée sous le pont Jacques-Cartier, est un rappel cinglant de l’immobilisme qui continue de sévir à Montréal. Prise il y a près de 30 ans, cette vue du pont Jacques-Cartier depuis la rue Notre-Dame est en tout point identique à ce que l’on y retrouve aujourd’hui.
 


























Gabor Szilasi, Série d’enseignes lumineuses, La Fierté a une ville, Montréal. 1983. CCA Collection. ©Gabor Szilazi



M comme dans Montroyalite. Le photographe Robert Burley a saisi avec son objectif une trace de l’unicité géologique de Montréal. Montagne surgie dans la plaine, le mont Royal est formé d’une roche ignée unique appelée la montroyalite.

 

























Robert Burley, Roche dans les bois, Mont Royal, 1990. Collection CCA. ©Robert Burley

P comme dans Partition. Le collectif Audiotopie présente une partition faite à partir de bruits ambiants recueillis dans les couloirs souterrains de Montréal. L’expérience immersive nous entraîne de la station de métro Square-Victoria à la station Place-d’Armes.

Parcours Reso-électro - L'Audiotopie (extrait mp3)


 

S comme dans Soccer. Sport fédérateur entre tous à Montréal, le soccer donnera vie au Complexe de soccer à Saint-Michel. Le projet de Saucier + Perrotte redonnera en sus vie à l’ancien dépotoir Miron, pour en faire un des plus grands parcs de la ville.

 

Mais l’alphabet ne s’arrête pas là. À ce portrait en toutes lettres s’ajoutent conférences et discussions au CCA avec les auteurs de ces vignettes montréalaises. D’autres lettres, et des capitales, viendront s’ajouter en décembre, janvier et février à cette série. Dont C pour Concrete, une sculpture de béton, formée de fragments de bitume récemment tombés de diverses infrastructures montréalaises… Ouille.

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NDLR
Ajoutez vos idées et suivez l'évolution de ABC: MTL sur le site LeDevoir.com au cours des prochains mois.

1 commentaire
  • France Marcotte - Abonnée 13 novembre 2012 09 h 20

    ...«d’artistes et du public»

    Tout repère peut éclater mais on tient mordicus à cette démarcation, la plus tenace, la plus significative au fond.

    Alors que lorsqu'on parle ainsi de sa ville, le public se révèle artiste et l'artiste citoyen.