L’art à la rescousse du sacré

L’artiste-peintre Carol Bernier dans son atelier, devant ses peintures en chantier
Photo: François Pesant - Le Devoir L’artiste-peintre Carol Bernier dans son atelier, devant ses peintures en chantier

« Priez ». Ce pronostic troublant sorti de la bouche du médecin devant le cas de son mari en 2011, l’artiste Carol Bernier l’a « pris au mot », et s’est réfugiée dans la petite chapelle de l’hôpital. Un lieu un peu triste et désuet qu’elle entreprend aujourd’hui de transfigurer par son art. Pour saluer le miracle de la survie qui a eu lieu, mais surtout pour offrir un espace de recueillement à tous - même à l’agnostique qu’elle est.

« C’est un écrin de tranquillité dans un endroit où tout ce qu’il y a autour, c’est de l’attente », de l’angoisse, explique au Devoir l’artiste-peintre, dans son atelier, devant ses peintures en chantier et la maquette de ce que deviendra l’ancienne chapelle de l’hôpital Notre-Dame. « Quand on entre à l’hôpital, on reste un individu dans toute sa complexité, on ne peut pas séparer tout ce qu’on appelle âme, esprit, émotion, laisser ça à la porte de l’hôpital avant d’aller se faire “réparer”. Amener la culture à l’intérieur de l’hôpital, c’est une façon d’aider les gens à rester en contact avec cette partie-là d’eux-mêmes. »


Une vision qui colle parfaitement à celle du Centre hospitalier de l’Université de Montréal (voir l’encadré). Le projet de Carol Bernier tombe à point aussi pour les services techniques de l’hôpital, qui avaient à rénover la salle aménagée en 1976, et pour son équipe de soins spirituels, qui accompagne les malades et les proches.


« Ils arrivaient à un moment de leur réflexion où ils devaient retirer les signes religieux pour créer un espace de recueillement multiconfessionnel pour que tout le monde puisse se retrouver », explique la peintre, elle-même fascinée par le point de rencontre de toutes les religions, tel qu’il a été exposé dans les recherches du docteur David Servan-Schreiber : une même quiétude est induite par la prière ou la méditation, quelle que soit l’appartenance religieuse.


« C’est ce qui m’intéresse : inviter les gens à se pencher devant une oeuvre abstraite, qui leur servira de miroir, de projection ou de simple support dans leur épreuve, dit-elle, avide de ressouder les liens pourtant millénaires entre l’art et la spiritualité. Les oeuvres d’art sont souvent des manifestations de recherche de sens. »


Pour concevoir la nouvelle salle de recueillement, elle a passé de longues heures à observer les gens s’y réfugier. Vieux avec leur chapelet, musulmans avec leur tapis de prière, personnel en pause méditative ou simples athées en quête de paix. En découlera en décembre une salle aux meubles liturgiques (pour les cérémonies chrétiennes qui s’y tiennent encore) épurés, dépouillés de leurs symboles. Deux ensembles d’oeuvres font tout de même signe au passé catholique québécois : un triptyque en forme de croix, l’autre évoquant le retable.


« La beauté du projet c’est de le faire avec toute une équipe [25 personnes bénévoles ou artisans, designers, ébénistes, etc.] qui travaille dans le même sens », confie Carol Bernier. La campagne de financement a été lancée il y a deux semaines par la Fondation Sylvie et Simon Blais. Objectif : récolter les 100 000 $ que valent les oeuvres et la rénovation de la chapelle.

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Les arts à l’hôpital

Dès 2010, le directeur général du CHUM, Christian Paire, a mis en avant sa vision d’intégration de l’art et de la culture en milieu hospitalier. Des photographies de Gabor Szilasi sont apparues dans les corridors. Depuis le lancement du programme Arts et culture à l’hôpital en 2011, expositions, concerts ainsi qu’une résidence d’artiste sont offerts dans les murs de l’institution, pour améliorer l’expérience de soin des patients et la qualité du travail du personnel. Le futur CHUM, qui se veut ouvert sur la cité, comptera des espaces réservés à ces activités, comme un amphithéâtre et un hall d’exposition. Inspirée du projet de Carol Bernier, sa salle de recueillement promet de marquer un geste architectural très fort, selon le délégué culturel Mathieu St-Gelais.

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