Choses blanches, entre artifices et matière

Quelque chose de Chloé Desjardins. Vue partielle des installations.
Photo: Jean-Marc Frédette Quelque chose de Chloé Desjardins. Vue partielle des installations.

Dès le premier regard, on est saisi par l’ambiance générale. Comme si une pluie de peinture blanche s’était abattue sur la grande salle de la galerie B-312 du Belgo. On est dans le monochrome blanc, mais il n’y a rien sur les murs. Ce sont des sculptures qu’on expose, un tout à considérer peut-être comme une seule et vaste installation.

Encore méconnue, malgré quelques présences dans des expositions de groupe, Chloé Desjardins dévoile le corpus d’oeuvres qui fait d’elle une artiste à suivre. Il s’agit de son tout premier solo. À même pas trente ans, la diplômée de l’UQAM semble être parvenue à « quelque chose » de très solide. Ce Quelque chose, titre de l’expo, découle d’un travail entamé pendant ses études de maîtrise.


Son approche de la sculpture fait penser à celle de Valérie Blass. Le même travail du double, quelque part entre la copie et la singularité. Des clins d’oeil similaires à l’histoire de l’art, entre autres par la présence notable du socle. Et ce plaisir à créer des formes difformes, ni reconnaissables ni totalement indiscernables. Dans les deux cas, le procédé de moulage est privilégié.


Or, Chloé Desjardins n’est pas une seconde Valérie Blass. Moins baroque, presque uniforme, ne serait-ce que par l’enrobage monochrome de Quelque chose, le travail de la jeune sculpteure repose davantage sur la répétition (d’une idée, d’une forme, d’une manière de faire). Moins narratif aussi, il a des accointances, par ses lignes simples et ses ensembles dépouillés, avec les genres minimalistes. Chloé Desjardins participe en ce sens à ce courant du rien, très présent aujourd’hui au Québec avec un Stéphane La Rue comme leader non officiel et une cohorte de plus jeunes artistes, de Jérôme Bouchard à Josée Landry Sirois.


Quelque chose rassemble une vingtaine d’oeuvres, en plâtre pour la plupart, reliées donc par ce blanc dominant. Autre point presque commun, très visible : une structure verticale qui a toute l’apparence du socle. Or, plus que simples supports, ces bases font partie des oeuvres. L’exposition livre un commentaire, ténu, rien d’explicite, sur la sacralisation de l’oeuvre d’art, sur la manière de présenter un objet. De là cette impression qu’il s’agit d’une seule installation, d’une mise en scène, de la représentation d’un musée. C’est particulièrement le cas devant la vitrine où a été réunie, par paires, une série de petits objets moulés : deux tasses, deux gants, deux récipients cassés… On est presque devant un étalage archéologique.


Ouverte aux interprétations, à l’instar de son titre indéfini, l’expo repose sur des illusions, sur le jeu des apparences. Autant on peut tenter de deviner ce qui se cache sous ces emballages plâtrés — une boîte dans Réserve, une toile bien scotchée dans Relief —, autant on se fait prendre au piège, notamment par Piédestal, une colonne en bois destinée à maquiller l’endroit, à le rehausser. Pourtant, la structure est tout à fait banale. Elle est de la même veine que les « choses » moulues, artefacts sans véritable identité, trésors insignifiants comme ceux qui remplissent l’oeuvre Caisson.


Parce qu’ils recouvrent « quelque chose », qu’ils en occultent la forme originelle, qu’ils la transforment, les moulages de Desjardins rappellent les objets couverts par des couches et des couches de peinture d’Éric Cameron — la série Thick Paintings entamée en 1979. On est dans la fabrication de nouvelles formes.


Depuis 2011, et sa participation à Collision 7, une réunion de travaux d’étudiants universitaires à la Parisian Laundry, Chloé Desjardins expose ici et là des fragments de ce qu’elle montre maintenant à B-312. Cet été encore, elle était de deux expos estivales, à la galerie SAS et à la maison de la culture Plateau-Mont-Royal. Avec Quelque chose, elle a dépassé le seuil de la simple collecte de pièces et propose une véritable insertion dans un monde où se confondent les artifices et la matière, le concret.

 

Lahaise entre fond et forme


La galerie Lilian Rodriguez, voisine de B-312, présente le travail d’un artiste aussi jeune, Daniel Lahaise. Lui aussi est à inscrire parmi cette génération qui revisite le minimalisme, et dont la répétition, du geste notamment, et la discrète apparition de la figure marquent les démarches.


Peintre et dessinateur, Lahaise expose deux corpus bien distincts. Mais dans les deux cas, les compositions mêlent forme et fond. Les images qui en résultent fonctionnent de manière réversible, comme si le positif devenait négatif, et vice-versa.


Les tableaux de la série Interlignes, dont chacun a sa propre couleur, reposent sur un long processus de création. L’étape où il extrait la matière semble déterminante ; de là naissent les formes. Les dessins Hyperpalimpseste, exécutés à la pointe de métal, cachent, derrière leur masse de lignes confuses, qui une scène d’intérieur, qui un portrait. En 2013, Daniel Lahaise exposera au centre Plein Sud de Longueuil deux fois plutôt qu’une. Il est de ces artistes qui montent, qui sont à surveiller.



Collaborateur

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À surveiller

L’événement Montréal/ Brooklyn prend son envol. Plusieurs vernissages se tiennent ce samedi. Survol de la programmation.

Au centre Clark, une exposition réunissant Julie Favreau à Patrick Martinez et Mathieu Beauséjour à Steven Brower, jusqu’au 24 novembre.

Au centre Articule, Re-marquer le territoire, expo regroupant les œuvres de quatre artistes, jusqu’au 24 novembre.

À la Galerie de l’UQAM, Vidéozones, expo regroupant les œuvres de treize artistes, jusqu’au 8 décembre.

Au centre Optica, exposition réunissant Sylvie Cotton et Sébastien Cliche à Chelsea Knight et Mark Tribe, jusqu’au 1er décembre. Vernissage ce samedi à 15 h.

À la galerie SAS, un dialogue entre Patrick Bérubé et Melissa Murray, jusqu’au 17 novembre. Vernissage ce samedi à 16 h.

Aux Territoires, Les détours du possible, expo regroupant les œuvres de huit artistes, jusqu’au 24 novembre. Vernissage ce samedi à 17 h.