Le Louvre fait rêver le Nord-Pas-de-Calais

Les œuvres commencent à arriver au Musée du Louvre à Lens, comme ce buste de François Ier. L’ouverture de cette annexe dans le nord de la France est prévue pour le mois de décembre.
Photo: Agence France-Presse (photo) Philippe Huguen Les œuvres commencent à arriver au Musée du Louvre à Lens, comme ce buste de François Ier. L’ouverture de cette annexe dans le nord de la France est prévue pour le mois de décembre.

À quelques semaines de l’ouverture d’une annexe du Louvre à Lens, dans le Pas-de-Calais le musée le plus visité au monde tente de recréer dans une des régions les plus mal en point de la France un véritable effet Bilbao. Exporter le « label » du Louvre tout en érigeant un musée du XXIe siècle est-il un pari réalisable ? Xavier Dectot, directeur du futur musée, explique comment exporter l’art en région peut devenir le moteur économique de toute une communauté.


Le 4 décembre, on inaugurera le Louvre-Lens, la toute nouvelle antenne en sol français de l’iconique musée de la rue de Rivoli, signée par les architectes nippons du groupe Sanaa. Comme pour Bilbao, tous rêvent que l’objet futuriste de verre et d’aluminium signe la relance de cette ancienne région minière plombée par le chômage. Car depuis 1997, le cas du flamboyant musée aux parois dansantes de Frank Gehry à Bilbao a fait école, attirant neuf millions de visiteurs et redonnant un souffle inespéré à l’ancien port du pays basque. La popularité de la fleur de titane a permis de récupérer en six ans les 220 millions de deniers publics investis dans l’aventure. Trop beau pour être vrai ?


« On s’attend au même phénomène. Le Louvre-Lens changera l’image du territoire et aura un impact non seulement sur le développement touristique, mais aussi sur d’autres entreprises qui s’appuieront sur le Louvre pour se développer. Cela s’est produit à Liverpool avec l’arrivée d’une annexe de la Tate Modern », défend Xavier Dectot, directeur du Louvre-Lens, qui sera de passage samedi au Musée des beaux-arts du Canada à Ottawa pour une série de conférences sur les mutations du paysage muséal au XXIe siècle.


Pour l’auguste musée du Louvre, le défi sera de tendre la main à un public de non-initiés, au coeur d’une ville qui ne compte pas même un écran de cinéma, plantée au coeur d’une zone jusqu’ici privée de musée des beaux-arts. « On vise le public des anciennes villes minières. Ce territoire présente des statistiques sociales très difficiles. Le pari, c’est de faire un musée tant pour les néophytes que pour le public qui s’intéresse déjà au Louvre. Il y a une très grande attente dans la région », insiste M. Dectot.


Attente n’est pas le mot. La région a pris les devants en assumant 60 % des coûts de construction du projet (près de 200 millions d’euros à terme) et l’entière maîtrise d’oeuvre de l’ouvrage. Selon Xavier Dectot, les exemples récents démontrent que, pour chaque euro investi dans ce genre d’équipement muséal, la région récolte 15 euros en investissements privés, sans compter l’effervescence culturelle suscitée par le nouveau venu.


Villes, régions et pays, même, misent dorénavant sur la « marque » d’un musée pour briller dans l’espace culturel et doper leur économie. L’exemple le plus spectaculaire est le richissime émirat d’Abou Dabi, qui s’est offert au coût d’un milliard de dollars les griffes prestigieuses du Louvre et du Guggenheim pour se refaire une beauté culturelle en plein désert. En France, la première expérience de décentralisation d’un musée national a pris forme avec le Centre Pompidou-Metz en 2010, un projet qui génère de 50 à 100 millions d’euros dans la région chaque année, affirme Xavier Dectot.


Assailli par les foules à Paris, le Louvre, à Lens, devra cette fois partir à la conquête de ses clientèles. En plus des audioguides gratuits, des salles multimédias et des applications pour téléphones intelligents, le musée lancera dans la foule des médiateurs de chair et d’os, dont l’unique rôle sera de converser et d’engager la discussion avec les visiteurs. Avec un accès public aux salles de restauration et aux réserves, le Louvre-Lens ne ménagera aucune tactique pour entrer dans le XXIe siècle. « Si les gens ne viennent pas au musée, le musée doit aller vers eux, croit M. Dectot. Car l’institution fait peur à ceux qui ont l’impression de ne pas détenir les codes du milieu. L’idée est que les gens se sentent chez eux. »


À l’heure du Google Art Project et d’autres copies sur Internet, le principal défi sera de valoriser la rencontre du visiteur avec l’objet réel. « Les collections seront décloisonnées et les oeuvres se feront écho les unes les autres dans une même galerie. Ça restera le Louvre, tout en étant le Louvre autrement. Ce ne sera pas le Louvre d’hier, mais celui de demain. »