La petite danseuse de Degas fait un pas à Montréal

La plus célèbre sculpture de Degas a été dévoilée mardi en compagnie d’une douzaine de petites ballerines de l’l'École supérieure de ballet du Québec.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir La plus célèbre sculpture de Degas a été dévoilée mardi en compagnie d’une douzaine de petites ballerines de l’l'École supérieure de ballet du Québec.

La petite danseuse de Degas a fait un premier pas remarqué, mardi à Montréal, où elle annonçait la venue des chefs-d’oeuvre du Clark Art Institute au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) à compter du 13 octobre.

Pièce maîtresse de l’exposition à venir, Il était une fois les impressionnistes, la plus célèbre sculpture de Degas a été dévoilée en compagnie d’une douzaine de petites ballerines de l'École supérieure de ballet du Québec. Une entrée en matière qu’aurait sûrement appréciée l’artiste, dont la fascination notoire pour les danseuses et les figures féminines a marqué la production artistique.
 

Quatrième moulage de la vingtaine de bronzes tirés du modèle original en cire façonné par Degas entre 1875 et 1880, la célèbre danseuse ne sera présentée que dans la mouture montréalaise de cette exposition itinérante du Clark. En tournée à travers le monde depuis deux ans, la sélection d’oeuvres impressionnistes a déjà attiré en deux ans 1,2 million de visiteurs, notamment à Londres, cet été, et plus tôt à Barcelone, Madrid, Milan et Giverny.


Le moulage de bronze de La petite danseuse de quatorze ans (numéroté D), fondu en 1921, a été acquis par les collectionneurs Sterling et Francine Clark, fondateurs du fameux Clark Art Institute, lors d’un voyage en France, quatre ans après la mort de l’artiste.


Malgré la visibilité et la notoriété dont elle jouit aujourd’hui, la ballerine ingénue avait soulevé l’indignation lors de son exposition initiale en 1881. « La sculpture a longtemps été considérée comme un modèle de laideur et un objet de scandale », a expliqué mardi Nathalie Bondil, directrice du MBAM.


La facture hyperréaliste de la petite ballerine campée dans la cire, accentuée par l’ajout d’une coloration naturelle, de cheveux et de vêtements en tissu, s’était en effet attiré les quolibets du public et les mauvais mots des critiques de salon.


« Pourquoi son front est-il… comme ses lèvres, marqué d’un caractère si profondément vicieux », déplorait à l’époque Paul Mantz, critique du journal Le Temps.


Jugée vulgaire et immorale, la moue boudeuse et rebelle de l’adolescente avait choqué, au point même que Degas a jugé bon de soustraire l’oeuvre aux regards jusqu’à sa mort.


C’est plutôt par souci de vérité et de réalisme que Degas avait opté pour une représentation quasi anthropologique de la jeune fille. « Degas choisit de représenter la réalité sans concessions et sans hypocrisie », note Mme Bondil.


Le bronze complète une série de plusieurs toiles, pastels et croquis de Degas que le couple Clark a acquis en 1929 à l’occasion d’une vente de succession de l’artiste, a expliqué mardi Thomas J. Loughman, assistant directeur au Clark Art Institute.


Ces oeuvres feront partie du corpus exceptionnel de 75 pièces de Bonnard, Corot, Cassatt, Degas, Gauguin, Manet, Millet, Monet, Morisot, Pissaro, Sisley et Toulouse-Lautrec, ainsi qu’un ensemble de 21 toiles de Renoir, qui atterriront sur les cimaises du MBAM du 13 octobre 2012 au 20 janvier 2013.

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