Place aux enfants au Musée des beaux-arts

Dès l’entrée, le visiteur est assailli par les murales vibrantes du groupe En masse, œuvre bédéesque en noir et blanc réalisée par une vingtaine d’artistes illustrateurs, tatoueurs, animateurs et tagueurs lors d’un jam de dessins.
Photo: Natacha Gysin Dès l’entrée, le visiteur est assailli par les murales vibrantes du groupe En masse, œuvre bédéesque en noir et blanc réalisée par une vingtaine d’artistes illustrateurs, tatoueurs, animateurs et tagueurs lors d’un jam de dessins.

Profusion de couleurs, espaces doublés, oeuvres d’art ludiques : le Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM) a ouvert l’équivalent d’un petit paradis pour muséophiles en herbe dans ses tout nouveaux espaces éducatifs déployés sur deux étages. Les lieux permettront de multiplier par deux la superficie destinée aux écoliers et aux familles.

Pas de mobilier gnangnan, d’art au rabais ici, ou d’enfants relégués dans les recoins inutilisés. Baptisés en hommage à l’éditeur mécène, les nouveaux studios d’art et d’éducation Michel de la Chenelière dévoilés mardi pour accueillir la clientèle famille et jeunesse du musée se déploient désormais sur 1500 mètres carrés, avec entrée de plain-pied sur Sherbrooke, Bishop et de la Montagne, lounge design et sept ateliers accessibles par une promenade requinquée.

L’espace presque doublé permettra d’accueillir 100 000 écoliers par an, soit 50 000 de plus que par les années passées. Parents et autres visiteurs compris, l’espace jeune pourra ainsi « absorber » 220 000 visiteurs par an (au lieu des 100 000 actuels).


« C’est un élan considérable pour doubler les publics que nous voulons atteindre. Avec notre collection encyclopédique, nous pourrons y aborder toute une série de sujets fondamentaux à l’histoire d’aujourd’hui. Le musée doit être un lieu de réflexion, pas seulement d’exposition des arts plastiques », a insisté mardi Nathalie Bondil, la directrice du MBAM.


L’endroit s’avère en effet particulièrement inspirant. Dès l’entrée, le visiteur est assailli par les murales vibrantes du groupe En masse, oeuvre bédéesque en noir et blanc réalisée par une vingtaine d’artistes illustrateurs, tatoueurs, animateurs et tagueurs lors d’un jam de dessin. Le groupe En masse, qui fédère les pratiques marginales d’artistes indépendants rompus au street art, a mis deux semaines à couvrir les murs et plafonds complets du lounge, de la promenade aux studios pour adolescents. « C’est vraiment de l’improvisation. Le dessin d’un artiste en inspire un autre et le tout finit par former une murale », a expliqué Fred, une des têtes chercheuses d’En masse, qui avait fait un tabac au même musée en 2011 en dessinant une salle complète lors de l’exposition Big Bang : place à la créativité.


Les petits auront aussi de quoi s’en mettre plein les yeux avec trois oeuvres contemporaines, séduisantes à souhait, acquises pour habiter les lieux. Au premier chef Peluches, une oeuvre de Claude Cormier composée de 3000 toutous recyclés, réalisée elle aussi dans le cadre de l’exposition Big Bang. À l’étage de la promenade, Coeur dit « Après le déluge, » une sculpture monumentale en forme de coeur commandée à Jim Dine, trône au centre de l’espace. Couverte d’objets tout droit sortis de l’atelier de Dine et de Pinocchio, l’oeuvre se veut une métaphore de l’enfance et du parcours artistique du sculpteur.


Habillé d’un mobilier aux lignes fluides signé par la firme Rita, le lounge accueille l’oeuvre psychotonique du Français Pierrick Sorin, L’aquarium aux danseuses. L’artiste iconoclaste, qui s’est fait connaître dans les années 1990 par ses saynètes comiques réalisées à l’aide de vidéographies, fait atterrir dans un aquarium des rockeuses kitch jouant les sirènes au milieu de poissons rouges. Ce nouveau terrain de jeu pour les yeux sera accessible aux familles gratuitement tous les week-ends. « Avant, on n’accueillait les familles dans nos ateliers qu’une seule fois par mois », rappelle Jean-Luc Murray, le responsable des espaces éducatifs au Musée.


Le coût de ces réaménagements, qui s’élève à 400 000 $, n’est qu’une infime partie du don accordé par le mécène Michel de la Chenelière. Le gros des montants servira à embaucher du personnel supplémentaire et à financer plus d’activités éducatives.

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