Montréal vu par Mimmo Jodice - Une ville hors du temps


	Mimmo Jodice, Montréal. Biosphère de l’île Sainte-Hélène, 2012. Avec l’autorisation de la galerie Karsten Greve à Cologne et à Paris. « Le plus important, c’est de rendre mes images intemporelles, métaphysiques, surréelles. »
Photo: Source: Musée McCord
Mimmo Jodice, Montréal. Biosphère de l’île Sainte-Hélène, 2012. Avec l’autorisation de la galerie Karsten Greve à Cologne et à Paris. « Le plus important, c’est de rendre mes images intemporelles, métaphysiques, surréelles. »

Pas de doute, c’est la Biosphère. Quoique l’icône d’Expo 67 se drape ici d’un léger mystère. C’est Montréal vu par le photographe italien Mimmo Jodice, venu immortaliser la métropole au printemps dernier. Le Devoir l’a rencontré entre deux séances de repérage et a obtenu quelques images conçues exclusivement pour l’exposition Villes sublimes du Musée McCord, à venir en octobre.

Le pont Jacques-Cartier, le Vieux-Montréal et ses silos, le métro, la Place Ville-Marie : Mimmo Jodice ne craint pas les clichés, il les traque et y pose son Hasselblad, affûté par des décennies de pratique. Peu connu ici, il a participé à l’essor de la photographie contemporaine italienne, dès les années 1960, période plus expérimentale qui a depuis cédé le pas au regard du sage. Il jouit d’une consécration internationale ces dernières années, depuis que la Maison européenne de la photographie à Paris a présenté une rétrospective de son oeuvre en 2010.


« Je photographie des lieux emblématiques de la ville pour que les gens la reconnaissent tout de suite », explique en entrevue l’élégant septuagénaire. « C’est toujours un défi d’arriver dans une nouvelle ville, d’identifier des symboles et de les faire coïncider avec ma vision. Je crée des images d’une ville que je ne connais pas encore. »


Aussitôt reconnus, ces lieux « carte postale » se chargent curieusement d’étrangeté. L’image si souvent croquée, vue et rejouée apparaît soudain différente, hors du temps et de l’espace. L’artiste passé maître du noir et blanc aime cultiver cette ambiguïté, en misant sur les contrastes forts.


« Le plus important, c’est de rendre mes images intemporelles, métaphysiques, surréelles », explique celui qui prend soin d’éliminer tout élément rattachant ses photos à une époque - publicités, voitures, etc. Il capte les icônes urbaines en tentant de leur rendre leur essence - ou leur silence ? - cachée derrière tant de représentations successives.


Au fil de sa longue carrière, il a ainsi immortalisé Paris, New York, Moscou, Tokyo, Sao Paolo, Rome et surtout Naples, sa ville natale bien aimée. L’exposition du musée McCord (du 11 octobre au 3 mars) regroupera une cinquantaine de tirages essentiellement citadins, dont une dizaine de photos originales de Montréal, qu’il redécouvre 20 ans après sa première visite.


« Ce qui est le plus remarquable ici, c’est le mélange, la cohabitation entre l’architecture moderne, les gratte-ciel et les petites maisons anciennes », confie-t-il.


Parcours-fleuve


Mais les villes ne forment qu’une mince part de son porte-folio. Mimmo Jodice cumule plusieurs vies en tant que photographe. Né en 1934, il croque des portraits autant que des paysages méditerranéens, et surtout, il redonne vie aux vestiges antiques qui l’entourent. Il a connu l’époque fertile du surréalisme et du postmodernisme, côtoyant l’avant-garde internationale - Andy Warhol, Josef Beuys. Autodidacte, il s’est d’abord adonné à la peinture et à la sculpture, et tient à ce biais.


« Mes références sont moins liées à la photographie qu’à la peinture », dit-il. Sa production expérimentale des débuts, marquée par de longues heures en chambre noire, deviendra plus socialement engagée dans les années 70. Il tourne alors sa caméra vers la rue et les franges marginales de la population. L’art, l’archéologie et l’architecture retiennent davantage son attention dans la décennie suivante. C’est là qu’il cultivera l’approche plus épurée et silencieuse, qui fait aujourd’hui sa marque.


« La pire chose qu’on puisse me dire, c’est que mes photos sont belles », dit-il pourtant. Et on lui a déjà servi l’insulte, surtout quand il sort des thèmes de sa Méditerranée natale, comme s’il cédait alors à une approche plus lisse de ses sujets. Reste que sa pratique essentiellement consacrée à l’argentique repose sur une grande rigueur, la patience des multiples essais et l’attente de la juste lumière. Il reproche souvent aux images numériques leur « manque de force », dû à la facilité de les modifier après coup.


Habitué au généreux soleil méditerranéen, Mimmo Jodice rouspète d’ailleurs contre le printemps gris qui balaie le Québec lors de son passage, et retarde la prise de photos. Car sans lumière, toute photo tombe à plat. « La lumière, c’est tout. »

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