Sur la trace des Étrusques

L’exposition réunit 200 pièces empruntées à 25 musées européens et américains, la plupart italiens, puisque le territoire de l’Étrurie correspond à peu près à la Toscane d’aujourd’hui.
Photo: Alain Vandal L’exposition réunit 200 pièces empruntées à 25 musées européens et américains, la plupart italiens, puisque le territoire de l’Étrurie correspond à peu près à la Toscane d’aujourd’hui.

Double inauguration hier à Pointe-à-Callière (PAC). Le musée d’archéologie et d’histoire de Montréal lançait l’exposition Les Étrusques - Civilisation de l’Italie ancienne et faisait découvrir du même coup ses nouvelles salles multifonctions de la Maison-des-Marins, située de l’autre côté de la place de la Grande-Paix.


Un bel espace pour une exposition qui le mérite bien. L’institution a réuni quelque 200 pièces empruntées à 25 musées européens et américains, la plupart italiens, puisque le territoire de l’Étrurie correspond à peu près à la Toscane d’aujourd’hui.


Les Étrusques (du xe au ier siècle avant notre ère) forment l’une des grandes civilisations fondatrices de l’humanité et des cultures méditerranéennes. Moins connue que les Grecs et les Romains, parce qu’à peu près disparue des radars jusqu’au xve siècle, où l’on commence à retrouver ses traces. La directrice générale du musée PAC rêvait depuis longtemps de présenter cette exposition aux Montréalais, fascinée par le mystère qui planait encore sur ce peuple au temps où elle était étudiante en histoire.


« À l’époque, on n’avait pas encore compris comment vivait cette société, raconte Francine Lelièvre. Ce qui fascinait, c’est que ce peuple semblait très important, de bons vivants ; ils avaient poussé la métallurgie jusqu’à en faire de l’art ; c’était de grands commerçants, mais pas des guerriers et leur religion était différente. Moi, ce que j’aimais, c’était leur joie de vivre, ce que j’appelle le sourire étrusque. »


Aujourd’hui, les experts savent démêler le vrai du légendaire, surtout au sujet de l’origine du peuple, longtemps inconnue. Venu de l’est ? Du nord ? La thèse d’une origine autochtone nourrie des émigrations d’Asie Mineure et du Nord rallie de plus en plus de voix.


C’est par le truchement des Romains - notamment l’empereur Claude, le premier étruscologue -, puis des objets déterrés du passé, qu’on découvre leur histoire. C’est aussi Rome qui causera leur perte en prenant toutefois soin de préserver leurs savoirs et d’intégrer les familles nobles dans les structures des cités conquises, qui se romanisent peu à peu.



Artistes du bronze


Leur terre fertile et riche en minerais en fera autant des agriculteurs aguerris que des bronziers renommés.


« C’est le peuple qui a poussé l’utilisation du bronze le plus loin, jusqu’à en faire des oeuvres d’art », explique Mme Lelièvre. Tout est en bronze : les objets de la vie quotidienne comme les outils de l’agriculture et les bijoux.


Les Étrusques se distinguent d’ailleurs par les buccheros, ces poteries noires qu’on ne trouve nulle part ailleurs, bien représentées à PAC.


L’exposition va de la macro au micro, du territoire étrusque jusqu’à l’intimité des maisons, d’une cuisine en passant par leur vision du monde et de la religion. Les fresques découvertes dans la tombe du Triclinium constituent un autre temps fort du parcours. Les relevés réalisés par l’artiste-archéologue Carlo Ruspi révèlent un peuple élégant, raffiné et respirant le bonheur.


En finale, clou de la démarche muséale, le sarcophage Penelli réalisé… au xixe siècle ! C’est un faux, imitation de deux célèbres urnes funéraires découvertes à la même époque. Le British Museum de Londres l’acquiert en toute bonne foi, dans l’effervescence de ces trouvailles archéologiques. Il faudra plusieurs décennies avant de déceler l’arnaque, en 1930. L’artefact n’était jamais sorti du musée anglais avant ce jour. Joli témoignage de la dure quête des traces étrusques.


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