Plans de travail

Tree House, 2011, Dil Hildebrand
Photo: Pierre-François Ouellet Tree House, 2011, Dil Hildebrand

Dil Hildebrand est un de ces artistes pour qui la peinture seule compte. L’artiste chérit véritablement cette matière qu’il pratique en virtuose et dont on peut voir les oeuvres depuis le milieu des années 2000. Si jusqu’ici il avait surtout fait sien le genre du paysage, voici qu’il trompe les attentes avec sa récente production présentée à la galerie Pierre-François Ouellette art contemporain (PFOAC). La série embrasse un tout nouvel univers : le tableau vert à craie.

C’est néanmoins toujours avec la matière picturale que Hildebrand convoque ce nouvel espace. Avec force et illusion, les toiles exposées déclinent des pans de tableaux verts, entiers ou fragmentés et assemblés, qui se présentent comme autant de chantiers préparatoires à la peinture. L’artiste lève en quelque sorte le voile sur les composantes préalables à la représentation elle-même : esquisses, chevalets, châssis, instruments de calcul, grilles et supports à l’état vierge qui sont, par ailleurs, de natures variées (feuille blanche, bois, toile ou plâtre). La peinture exclusivement suggère toutes ces matières qui nous ramènent plus globalement à l’espace de création.


Ces oeuvres ne sont donc pas en rupture avec la série précédente de l’artiste qui s’intitulait Peepshow (exposée chez PFOAC en 2010). Elle en serait même le prélude, car les toiles avaient pour thème l’atelier de l’artiste, qu’elles représentaient avec maintes distorsions. L’espace privé de travail était non seulement fragmenté et disloqué, mais aussi rendu par un flou photographique et, surtout, contrarié par la présence à l’avant-plan de stries colorées, la revanche en somme de la matière picturale affirmant son opacité. Par ce type de composition, l’artiste faisait de chaque toile un dispositif qui exacerbe le regard face au spectacle, intime, de la peinture.

 

Constructions


Les toiles actuelles resserrent le cadrage autour des supports, dans le champ de la représentation et ne donnent plus de perspective ouverte sur l’espace de l’atelier. Ainsi, certaines oeuvres affirment davantage la planéité du support, la surface en deux dimensions, simplifiant les compositions habituelles de Hildebrand, parfois très chargées. Des toiles donnent à voir des plans verts parcourus de grilles blanches et légèrement recouverts de poudre de craie factice. Ailleurs, le tableau vert, bien sûr illusoire, finit par se plisser, créant des saillies importantes qui trahissent la peinture elle-même.


La peinture s’avère donc aussi tactile et pas seulement optique. D’ailleurs, une autre partie des toiles de cette série évoque la manipulation de la matière et, par conséquent, les mains qui touchent et qui manient les matériaux. Les surfaces vertes font également référence au tapis à découper, ce qui suppose d’autres actions, tels le bricolage, le collage et l’assemblage. Dans certains autres tableaux, l’artiste suggère des emprunts à l’architecture, avec des compositions où il a juxtaposé et superposé des morceaux de textures hétérogènes, confrontant ainsi des plans d’angles divergents.


La référence au bâti reste allusive, comme l’atteste également une autre série d’oeuvres sur papier qui résument les compositions à des structures épurées, très graphiques. Alors que, par ces composantes, l’héritage de la peinture cubiste et constructiviste se fait pleinement sentir, la couleur dominante est aussi un clin d’oeil aux écrans verts utilisés pour les effets spéciaux au cinéma et à la télévision. Hildebrand puise dans cette imagerie tout en restant dans le giron de la peinture, qu’il dédie ici à l’expérimentation et aux ferments de la création.


 

Collaboratrice