Le MAC abandonne son projet d’agrandissement


	Alexandre Taillefer, le nouveau président du CA du MAC.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir
Alexandre Taillefer, le nouveau président du CA du MAC.
Interrogé à quelques heures de son premier conseil d’administration, hier soir, le nouveau président du MAC était tout à fait conscient du brasse-camarade qu’allait provoquer cette nouvelle vision, à des lunes de celle dévoilée par la direction, il y a six mois à peine, proposant plutôt la rénovation et l’agrandissement du musée au coût de 88 millions de dollars.

« Il y aura sûrement des gens qui ne seront pas heureux, mais si on persiste dans cette direction [du projet de 88 millions], on n’arrivera à rien », a-t-il répété hier, persuadé de parvenir à convaincre ses collègues du coup de barre à donner pour assurer la pérennité de l’établissement.


« Il y a des solutions plus étapistes qui sont possibles », tranche le successeur de Marc de Serres, qui vient de quitter le MAC après deux mandats.


Parmi ces solutions, le nouvel administrateur pense à une meilleure ouverture sur la rue, à un roulement plus rapide des expositions pour accroître la visibilité de la collection permanente et à l’utilisation des salles du sous-sol pour augmenter à court terme les surfaces d’exposition. « 88 millions de dollars et une reconstruction complète, c’est trop ambitieux. Si on continue dans cette voie, on ne verra pas ce musée de notre vivant, sans avoir réglé les véritables problèmes de fonds », défend l’homme d’affaires.


La nomination d’Alexandre Taillefer aux commandes du MAC n’est pas étrangère à toute la tourmente médiatique soulevée en décembre 2011 par ce projet d’envergure, qui prônait ni plus ni moins que la reconstruction quasi complète d’un musée construit il y a à peine 20 ans. Un projet que la ministre de la Culture, Christine St-Pierre, avait rapidement dénoncé, le jugeant d’emblée indéfendable auprès des contribuables québécois.


Augmenter l’achalandage


Habitué des cercles de l’art contemporain, Alexandre Taillefer a été approché par la ministre St-Pierre pour aider le MAC à se remettre sur ses rails. Après avoir sauvé l’Opéra de Montréal d’une faillite quasi certaine il y a sept ans, le jeune homme d’affaires de 39 ans a accepté de mettre la main à la pâte pour aider le musée à relever de nombreux défis, notamment celui de rehausser son achalandage famélique. « Il y a présentement 62 000 visiteurs par année au MAC. Ce n’est pas assez. Il faut intégrer des expositions qui vont être appréciées par le plus grand nombre. Le milieu de l’art contemporain évolue rapidement, est de plus en plus populaire et apprécié du grand nombre. Il faut que le MAC capte cette vague », a insisté hier le nouveau président du MAC.


Tout en se défendant de vouloir s’ingérer dans la programmation, M. Taillefer affirme devoir s’assurer que les choix de l’établissement permettent d’augmenter la fréquentation et surtout la base des fidèles du musée. Il en va de la viabilité du MAC, dit-il. « Je vois mon rôle comme assez actif dans les opérations quotidiennes. Je n’ai pas à m’immiscer dans les choix artistiques. Cela dit, il est très clair pour moi qu’il faut augmenter les revenus autonomes et s’ouvrir à des projets plus populaires », a-t-il dit, en donnant plusieurs fois l’exemple de la réussite observée au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM).


« Ils font un travail extraordinaire que le MAC est tout à fait en mesure de faire », a dit l’homme d’affaires, qui s’est d’ailleurs investi au MBAM ces dernières années en siégeant à un des comités d’acquisition et en faisant don d’une oeuvre de l’artiste Brian Jungen pour le nouveau pavillon d’art canadien.


Nouvelles stratégies

Pour redynamiser le MAC, l’administrateur mise sur de nouvelles stratégies de commercialisation, un plan de marketing et de visibilité, et une plus grande ouverture du musée sur son quartier et sur la communauté en général. Un choix qui s’est avéré salutaire pour l’Opéra de Montréal, passé en sept ans d’un déficit de 2,2 millions de dollars à l’équilibre budgétaire, et aujourd’hui muni d’un fonds de dotation de plus de 5 millions. La clientèle a été renouvelée grâce à de nouvelles stratégies publicitaires.


« Nous ne pourrions avoir un meilleur emplacement à Montréal. Nous devons aussi nous approprier le quartier. On l’a fait l’automne dernier avec l’oeuvre lumineuse de Rafael Lozano-Hemmer [sur la place des Festivals], mais il faut être plus présents, devenir une destination, comme le MoMA l’est à New York », plaide Alexandre Taillefer.


Passionné d’art et d’opéra, le dynamique trentenaire a fait fortune dans l’univers des technologies de l’information. À 21 ans, en 1993, il fondait Intellia, une boîte de design Web rachetée par Quebecor et renommée Nurun. Il a mis sur pied une entreprise de jeux vidéo pour téléphone mobile, elle aussi acquise par JAMDAT en 2005, puis par EA Mobile un an plus tard. Une transaction de 750 millions. L’entrepreneur est toujours à la barre de Stingray Digital et conserve des participations dans plus d’une dizaine d’entreprises. Alexandre Taillefer est aussi le petit-fils d’Arthur Lefebvre, engagé par Henri Bourassa en 1924 pour veiller sur les finances du Devoir et dont la carrière s’est étendue sur pas moins de 60 années.


« L’art contemporain est pour moi une passion. Moi et mon épouse, nous voyageons en fonction du calendrier des foires d’art contemporain. Nous avons une collection de plus de 300 oeuvres. Il n’y a pas de raison pour que l’art contemporain n’ait pas une meilleure visibilité dans ce musée à Montréal, conclut-il. Il faut travailler avec les artistes, les galeries et aussi les autres musées. Il faut mettre fin aux chasses gardées. »


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