Affiches sociales - La parole de la rue exposée à l’Écomusée du fier monde

Les affiches du collectionneur François-Guy Touchette témoignent des grands mouvements sociaux du Québec des dernières décennies.
Photo: Annik MH de Carufel - Le Devoir Les affiches du collectionneur François-Guy Touchette témoignent des grands mouvements sociaux du Québec des dernières décennies.

L’affiche date de 1968. Rosemont en lutte, c’était l’époque des revendications étudiantes pour une seconde université francophone à Montréal. Le mouvement de grève étudiante de l’époque s’était amorcé au collège Lionel-Groulx pour s’étendre au collège de Rosemont, qui avait popularisé le slogan des étudiants : « Dialoguer, c’est se faire fourrer. »

Cette affiche, qui fait partie des quelque 140 affiches à portée sociale de la collection privée de François-Guy Touchette exposées jusqu’au 16 septembre à l’Écomusée du fier monde, rue Amherst à Montréal, aurait pu être dessinée aujourd’hui. « J’en ai une aussi sur les revendications pour la gratuité scolaire, mais je ne l’ai pas incluse dans l’exposition » intitulée Les murs murent !, explique François-Guy Touchette.

Ces affiches, le collectionneur les a en grande partie décollées et dégrafées lui-même des poteaux où elles trônaient. Elles témoignent des grands mouvements sociaux du Québec des dernières décennies, lutte pour la libération des frères Rose, lutte pour les garderies, mouvement des femmes, défense des revendications syndicales, etc.


Manifestations volatiles des mouvements de rue, ces affiches ne sont pour l’instant répertoriées nulle part, mais Bibliothèque et Archives nationales du Québec a l’intention de les acquérir sous peu.


François-Guy Touchette s’y est intéressé au fil des ans précisément parce que c’était un médium qui sombrait dans l’oubli.


C’est pourtant sous le régime français que l’affiche fait son apparition en Nouvelle-France, pour annoncer des décrets ou encore des pendaisons. Au siècle dernier, on s’en servait déjà pour annoncer des produits commerciaux. Mais selon François-Guy Touchette, ce sont les années 1960-1970 et 1980 qui ont marqué l’âge d’or de l’art de l’affiche à Montréal.


C’est alors que se déploient les talents des affichistes Vittorio Fiorucci, à qui l’on doit entre autres Victor, la mascotte du festival Juste pour rire, Gitano, dit Arauco, ou encore Bernard Vallée ou Yvan Adam.


C’est à cette époque aussi que fleurissent trois centres de sérigraphie à Montréal, les Ateliers populaires, les Affiches populaires et l’University Settlement, qui allait devenir le Centre multiethnique Saint-Louis.


Si ces années sont révolues, le règne de l’affichage, lui, n’est pas terminé.


Ce n’est qu’il y a deux ans qu’a été invalidé le règlement 469 de la Ville de Montréal, qui interdisait l’affichage ailleurs que dans les endroits prévus à cette fin.


Encore récemment, le Centre de recherche en imagerie populaire en a recensé un millier dans les rues de Montréal.


« Maintenant, les gens ont tendance à les montrer durant les manifestations ou à les distribuer comme des tracts plutôt que de les placarder sur les murs », dit François-Guy Touchette. Il relève la beauté de certaines affiches signées de l’école de la Montagne Rouge, cet atelier de design qui nourrit la contestation étudiante d’aujourd’hui. L’art de la rue persiste et signe.