Derrière le cul-de-sac, l’issue

Trompe, 1998, Michel de Broin
Photo: SAS Trompe, 1998, Michel de Broin

L’heure est à la dérive. Non pas dans la rue, quoique… Pas si loin de la place des Festivals, coeur de quelques récentes marches, au Belgo, les choses ne tournent pas rond. Ou plutôt si, justement, elles tournent en rond. Trop en rond. Comme d’interminables cercles vicieux, inévitables tourbillons qui poussent vers l’abîme.

À la galerie [sas], les vingt oeuvres rassemblées expriment de mille et une manières l’idée que nous sommes rendus dans un cul-de-sac. Bien sûr, ce sont des artistes - cinq hommes - qui les tiennent, ces idées. Elles ne sont donc pas si noires, pas uniquement en tout cas, et gardent un air bon enfant, un esprit cynique qui fait sourire et réfléchir. À l’instar du titre de l’expo : Fabuleux cercles vicieux.


Ces cinq artistes sont parmi les plus salutaires trouble-fête que compte le Québec. Gwenaël Bélanger est présent avec ses bien connus objets en chute libre. De Michel de Broin, poète de l’irraisonné, on a droit à trois oeuvres des années 1990. Beau coup. Ses images fortes de la boucle qui ne mène nulle part prennent autant forme dans l’autoportrait - dans Un (1993), l’homme respire à même son organe génital - que dans la présence réelle d’un câble électrique - l’oeuvre Circulation (1994).


Patrick Bérubé, qui est aussi la tête pensante de l’expo, et Frédéric Lavoie ne manquent jamais d’idées pour détourner le réel, tout en jouant sur les apparences. L’un aime bien rapprocher les contraires, comme cet arc-en-ciel né dans une mare d’or noir - l’oeuvre L’alliance (2011). L’autre se moque de nos obsessions pour une vie fonctionnelle et rangée. Dans un des dessins de sa série Allers-retours (2010), dont on expose trois exemples, il fusionne un tremplin et un trampoline. Voilà une jolie utopie, à la fois fascinante et dangereuse.


Mathieu Latulippe est sans doute le plus sage du groupe, voire le plus bouddhiste. Sa vidéo Vortex (2010), dotée d’une trame audio évoquant l’instrument à vent d’un moine, est celle qui a soufflé le titre de l’expo. On y voit une main tracer, sans cesse, des ronds, des cercles vicieux. Dans ce geste, comme dans celui qui a mené à la peinture toute noire Monochrome interminable, le processus de création demeure néanmoins l’activité salvatrice.


Il y a quelque chose de l’appel au calme, à la pause, chez Latulippe. Tourner en rond, c’est aussi rêvasser, se ressourcer. Mais ça, certains tenants des manières fortes ne le pensent pas. Pour eux, tourner en rond égale moratoire : ça ne fait que retarder le progrès de leur société.


Avec ses cinq petits solos, l’expo démontre que même un cul-de-sac a son issue. Il faut seulement y croire.


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