Notman revu et non corrigé

La reprise photographique est un genre en soi. En 1997, la 6e édition du Mois de la photo comprenait une exposition qui portait sur le paysage dans la reprise photographique. L'exposition, dont la commissaire était la théoricienne de la photographie Martha Langford, se spécialisait dans la redite. Puisque la photographie est souvent affaire de lieux visités, les artistes de cette présentation retournaient vers des sites auparavant visités par des photographes, donc, pour ainsi dire, sur les lieux du «crime». L'exposition du Musée McCord, D'après

Notman, joue cette carte.

Dans le but de réaliser des «couples photographiques», le photographe canadien d'origine polonaise Andrzej Maciejewski s'est donné comme mission de régler son pas sur celui d'un photographe qui, il y a plus d'un siècle, a marqué profondément l'histoire de la photographie canadienne, William Notman (1826-1891). Maciejewski a rallié des sites autrefois exploités par Notman & Sons, en reprenant les même types de pose, les éclairages et les cadrages, empruntant de la même façon un point de vue identique.

Le projet reprend à la lettre celui du Rephotographic Survey Project (RSP), un groupe formé des photographes Mark Plett, Ellen Manchester et JoAnn Verburg, dont les travaux étaient accrochés dans l'exposition de 1997. Les images du RSP sont des relevés de relevés. Il s'agit d'un projet de reprendre des photographies associées au XIXe siècle à la découverte du territoire américain, en en mimant le plus exactement le point de vue, la lumière, etc. Martha Langford rappelle d'ailleurs ces travaux dans le texte qu'elle signe dans le très beau catalogue de l'exposition.

Les images du RSP sont des rébus, celles de Maciejewski peuvent également être vues de la sorte. Elles se présentent comme ces jeux où il faut repérer les différences entre deux dessins presque semblables qu'on retrouve dans les journaux populaires. Un des enjeux de cette production consiste évidemment en la documentation des transformations, même mineures (quoiqu'en contexte urbain, sur une aussi longue période, les modifications risquent d'être monstrueuses), du paysage au delà de presque cent ans. Les images de Maciejewski refont le coup.

D'après Notman permet de voir des images produites par le studio du photographe des rues, des églises, des marchés et du port de Montréal, prises entre 1863 et 1918. En contraste, ces images historiques, un peu plus d'une trentaine — parmi les 45 000 images provenant des Archives photographiques Notman dont le McCord est le dépositaire —, sont accompagnées en galerie par leur double. L'évolution du tissu urbain est l'enjeu central du projet, mais le plaisir de se mettre sous l'oeil des traces photographiques de Montréal autrefois n'est pas à renier.

L'entreprise comparative à laquelle forcent ces couples d'images est des plus amusantes. Entre-temps, Maciejewski, lui, entend prolonger son projet en recréant les images de Notman du Québec et de l'est du Canada.