Expositions - BGL à la croisée des chemins

L’installation Spectacles + Problèmes simule un bûcher avec des flammes factices faites de rubans colorés. <br />
Photo: Source Nuits Blanches Paris 2011 L’installation Spectacles + Problèmes simule un bûcher avec des flammes factices faites de rubans colorés.

BGL, le fantasque trio de Québec formé de Jasmin Bilodeau, de Sébastien Giguère et de Nicolas Laverdière, plane vers de nouveaux horizons. Pendant qu'à Montréal on festoie cet automne avec la Triennale québécoise du Musée d'art contemporain (MACM), les trois amis, eux, exposent à Paris. En attendant de «zieuter du côté des States».

Ça fait 15 ans déjà que les trois sculpteurs s'effacent derrière cet acronyme — lorsqu'on leur parle, c'est une seule entité qui répond. «Tu dois écrire "BGL dit"», précise le porte-parole, avec l'humour caractéristique au collectif.

Dès 1996, diplômes de l'Université Laval en poche, BGL frappe l'imaginaire avec des structures toutes en bois: un chalet (l'oeuvre Peine débuté, le chantier fut encore, 1997), une charpente d'église (Chapelle mobile, 1998), une piscine sans eau (Perdu dans la nature, 1998), une architecture sans murs (Villa de regrets, 1999) et combien d'autres.

Les titres loufoques et sérieux donnent le ton. La société de consommation est une cible, la santé de la nature, un souci. Avec À l'abri des arbres (2001), majestueuse installation créée au MACM, puis avec Postérité (2009), un marché aux puces monté dans la galerie Parisian Laundry, BGL prouve que la démesure sert sa cause.

Ce n'est pas près de s'arrêter. En fait, BGL serait à la croisée des chemins. Le Québec ne suffit plus, il mise sur l'étranger et sur des oeuvres plus petites, plus vendables. «Nous espérons [continuer] jusqu'à notre mort. La locomotive roule et on ne veut pas qu'elle s'arrête. Mais ça fait 15 ans que nous sommes notre boss, que nous sommes toujours "borderline", financièrement. Nous croyons que sortir, faire des tableaux, nous aidera», dit... BGL.

Spectacle parisien

Le collectif ne pouvait trouver meilleur automne pour célébrer ses 15 ans. Invité par le MAC/VAL, musée d'art con-temporain du Val-de-Marne, «à 10 minutes de Paris», BGL a créé une autre de ses audacieuses propositions pleines d'illusions et d'ardents commentaires sur notre civilisation.

L'installation Spectacles + Problèmes simule un bûcher avec des flammes factices faites de rubans colorés. Elle a d'abord été vue dans un gymnase au pied de Montmartre lors de la Nuit blanche, au début d'octobre. Elle se retrouve dès aujourd'hui au MAC/VAL, dans une version légèrement remaniée, pour une exposition en bonne et due forme.

La conservatrice en chef de ce musée inauguré en 2005, Alexia Fabre, a un faible pour BGL. Et pour le Québec. Michel de Broin y a exposé en 2008 et l'expo Emporte-moi, en 2009, découlait d'une collaboration avec le Musée national des beaux-arts du Québec. «Depuis longtemps, écrit-elle dans un courriel, nous étions intéressés par BGL, par son universalité et sa résonance avec ce qui se fait en France.» Pour Alexia Fabre, l'oeuvre de BGL correspond aux réalités contemporaines, tant dans son cynisme que dans sa distance critique vis-à-vis de l'art. «Sa façon de mettre en oeuvre l'illusion pour mieux la déjouer, de travailler sur le leurre, devrait entraîner, estime-t-elle, à poser les bonnes questions.»

Sortir à tout prix

Que la deuxième Triennale québécoise vienne de prendre son envol sans lui n'offusque pas BGL. «Il faut laisser la place aux autres», dit celui qui exposait il y a un an, dans le hall du MACM, une usine de sapins — l'oeuvre Postérité-les-Bains.

Le collectif a tout de même fait son apparition sur le site de la Place des Arts, dans l'enceinte de la Maison symphonique. L'installation C'est sûrement des Québécois qui ont fait ça a été réalisée dans le cadre du programme du «1 % artistique». Aérienne et aux formes circulaires, pour évoquer les ondes sonores, l'oeuvre est visible de l'extérieur bu bâtiment.

Sortir est désormais l'objectif de BGL. Sortir du Québec, s'entend. «Mais on ne mise pas du tout sur la France», dit-il. Si l'invitation du MAC/VAL leur a fait grand plaisir, Bilodeau, Giguère et Laverdière savent d'expérience que l'Europe est peu sensible à leur charme. C'est la cinquième fois qu'ils y exposent, et même la deuxième à Paris, après un solo en 2008 au Centre culturel canadien. «On s'est toujours beaucoup investis. Chaque fois, il n'y a jamais eu la moindre retombée, le moindre petit signe d'intérêt», dit le groupe, qui admet néanmoins qu'avec cette nouvelle tentative, «ça peut basculer».

Les espoirs hors frontières de BGL sont tournés vers les États-Unis. Le «rêve» New York, d'abord, puis Boston, Buffalo et ailleurs. La galerie montréalaise de BGL, Parisian Laundry, a brisé la glace lorsqu'elle l'a emmené en mars 2011 à la foire Volta de New York. Il n'y a pas eude vente, mais des contacts, si, et une commande d'un collectionneur... parisien.

Avant de s'établir dans la Grosse Pomme, BGL bénéficiera d'une autre vitrine: l'exposition Oh, Canada, attendue pour mai 2012 au Massachusetts Museum of Contemporary Art. Mieux connu comme le MASS MoCA, l'établissement de North Adams est devenu incontournable depuis son ouverture en 1999. BGL y sera donc parmi une grosse délégation d'artistes canadiens. «Ça nous touche, reconnaît-il. [La commissaire] Denise Markonish a visité 400 ateliers et choisi une soixantaine d'artistes. Cette expo sera parmi nos plus importantes.» Le groupe n'a pas encore défini l'oeuvre qu'il créera, mais déjà il sait qu'il s'agira d'une intervention minimale à même les vitres, visible de jour et de nuit.

La véritable inconnue viendra après. BGL n'en est pas effrayé, lui qui carbure aux défis. Exposer en galerie marchande, comme il le fait depuis 2006, en est un. Il s'agira maintenant d'entamer «une autre quête esthétique», celle du petit format. «Les gens qui ont envie d'avoir un BGL ne peuvent pas tous s'acheter un quatre-roues [l'oeuvre Jouet d'adulte, 2006] ou un ski-doo [Artistique feeling, 2008].» L'objectif, le trio ne s'en cache pas, c'est de vendre plus.

Mais BGL restera BGL, féru de bois et de bricolage. Pour sa bifurcation de type peinture, le collectif travaillera sur le vieillissement de la matière. «On veut faire des tableaux d'images modernes, mais qui pèlent», dit-il.

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Collaborateur du Devoir

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Biographie
  • Jasmin Bilodeau, né à Lac-Mégantic en 1973.
  • Sébastien Giguère, né à Arthabaska en 1972.
  • Nicolas Laverdière, né à Québec en 1972.
  • Tous trois vivent à Québec et à Montréal
  • BGL est représenté par les galeries Parisian Laundry (Montréal) et Diaz Contemporary (Toronto).
  • Finaliste du prix Sobey en 2006, demi-finaliste en 2010, prix Graff en 2006, bourse Plein Sud en 1999.
  • L'installation Spectacles + Problèmes est présentée jusqu'au 31 décembre au MAC/VAL, musée d'art contemporain du Val-de-Marne, www.macval.fr
  • C'est sûrement des Québécois qui ont fait ça est la quatrième oeuvre d'intégration à l'architecture de BGL. Les autres sont à voir dans le bâtiment de la Télé-université à Québec, au bureau d'arrondissement de Loretteville et à la Cité de la santé de Laval.
  • www.bravobgl.ca
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Leur parcours en quelques dates

  • 1996: Déchets d'oeuvres, première expo individuelle, dans un bâtiment désaffecté de Québec.
  • 1999: Se réunir seul, première expo à Montréal, à la maison de la culture Côte-des-Neiges.
  • 2003: première présence en Europe, dans le cadre de l'exposition collective Le ludique, au Musée d'art moderne Lille Métropole.
  • 2006: Se la jouer commercial, première exposition dans une galerie privée, à Art mûr, à Montréal.
  • 2009: parution de la monographie BGL, textes d'Anne-Marie Nincas et Catherine Dean, une édition de la Manifestation internationale d'art de Québec.
  • Janvier 2012: prochaine expo à Montréal, à la Parisian Laundry.