George S. Zimbel, un photographe moderne

George S. Zimbel photographié cette année. <br />
Photo: Jean-François Nadeau -Le Devoir George S. Zimbel photographié cette année.

Né en 1929, il a photographié Marilyn Monroe, John F. Kennedy, Harry Truman et Richard Nixon. Mais toujours armé de son Leica, il s'intéresse moins aux vedettes qu'à la vie des gens ordinaires.

Dans son atelier montréalais, la voix de Mercedes Sosa occupe tout l'espace. «J'aime la musique, raconte George Zimbel. J'aime me retrouver seul dans ma chambre noire et écouter de la musique en réalisant mes tirages.»

Sur les murs blancs du petit bureau qui jouxte sa chambre noire, tout comme dans le corridor qui y conduit, on trouve des photos de Marilyn Monroe, de John F. Kennedy, de Harry Truman, mais surtout celles d'inconnus, ces anonymes devant l'éternité qui, saisis en une fraction de seconde de leur vie, éclairent désormais la nôtre grâce à l'oeil de George Zimbel.

De George Zimbel, né en 1929 au Massachusetts, on reconnaît aujourd'hui au premier coup d'oeil sa célèbre photo de Marilyn Monroe, jupe relevée par le fort courant d'air d'une bouche de métro. Mais à ses photos d'icônes américaines — qu'on trouve désormais dans les musées ou lors de ventes aux enchères chez Christie's ou Swann à New York — il n'a prêté attention que sur le tard.

«Je suis un photographe qui appartient à l'époque "moderne". Je m'intéresse d'abord de près à la vie des gens. Aujourd'hui, beaucoup de photographes sont plutôt "contemporains": ils s'appliquent à photographier une chaise, un objet, un rien, du banal quoi. Je ne comprends pas trop cette approche, même si je la respecte. Mais moi, c'est l'humain qui m'intéresse.»

Il le démontre une fois de plus ces jours-ci avec la parution du Livre des lecteurs (éditions du Passage), des photographies en lien avec la lecture, prises entre 1952 et 2010. Le livre est accompagné de textes de Dany Laferrière, Vicki Goldbert et de sa femme, Elaine Sernovitz Zimbel.

«J'ai eu beaucoup de chance de photographier tout ça. Aujourd'hui, on ne m'accorderait jamais la permission de photographier dans des bibliothèques, dans des écoles ou dans des librairies... Plus personne ne peut prendre des photos sans se faire emmerder! [...] On n'a pas le droit, paraît-il, de photographier à titre individuel, même quand on est photographe comme moi. Mais la police peut le faire! Un magasin peut vous filmer! La ville peut vous surveiller grâce à des caméras de surveillance! Ça, c'est possible! Voilà un concept ridicule. Toute une partie de notre histoire visuelle est perdue à cause de ces bêtises.»

Contre l'hyperréalisme


L'essentiel de l'oeuvre de George Zimbel est en noir et blanc. Il travaille toujours avec le même type de pellicule, chargée dans les deux mêmes vieux Leica. Ses tirages, il les réalise lui-même, un à un, grâce à des agrandisseurs anciens sauvés de justesse d'un incendie qui ravagea un jour son atelier.

«J'ai fait de la photographie couleur, mais pour moi, tout passe vraiment mieux par le noir et blanc. Je ne comprends pas aujourd'hui cette passion qu'ont les gens pour l'hyperréalisme que produisent les appareils numériques. C'est bien... à condition que ce soit vraiment ce que vous souhaitez faire! Ce n'est pas pour moi.»

À son sens, la vie n'est pas aussi nette que le perçoivent aujourd'hui les pixels des capteurs issus du dernier savoir-faire technologique. Non, les images criantes de vérité produites par le règne de la technique, ce n'est tout simplement pas pour lui. Question de sensibilité personnelle, d'abord et avant tout. «J'ai pensé acheter un petit appareil numérique, puis j'ai renoncé, en y réfléchissant bien.»

Un parcours


George Zimbel a travaillé longtemps à New York en compagnie des plus grands photographes de l'époque. «Nous faisions tous de la photographie documentaire, rien d'autre. Mais tout était complètement différent entre l'un et l'autre parce que la clé de tout ça réside d'abord dans la personnalité du photographe. On trouvait que Garry Winogrand se moquait un peu des gens. Arnold Newman était juste, parfaitement juste, juste, vous comprenez?» Et lui? «Moi, j'étais plutôt le romantique du lot...»

Zimbel a quitté les États-Unis un peu en manière de protestation contre la guerre du Vietnam et s'est installé au Canada. Après avoir vécu à l'Île-du-Prince-Édouard, il s'est installé à Montréal au début des années 1980 avec sa femme, Elaine, dont il parle volontiers avec beaucoup de chaleur.

Son oeuvre est aujourd'hui présentée partout. Ces dernières années, on a présenté des rétrospectives de son travail notamment à New York, Valence et Toronto, où il est d'ailleurs représenté par l'excellente galerie Steven Bulger. C'est peut-être à Montréal, chez lui, où son travail est le moins vu.

Il vient toujours seul à son atelier en vélo. «Ma femme n'a jamais aimé l'odeur des chimies... Mais nous avons un balcon chez nous où nous sommes toujours pour manger, à l'étage, qui donne sur la rue. Nous y sommes tout le temps. Si vous saviez comme c'est bon de voir le monde vivre depuis là-haut!»