Livre - L'habit fait-il le moine?

Il n'y a pas que des mots pour le dire; il y a aussi, bien sûr, des images. C'est cette voie qu'emprunte Abbas, le grand photojournaliste iranien, membre de l'agence Magnum, pour documenter guerres et révolutions depuis quatre décennies.

Son intérêt pour les religions, ou plutôt pour les dissonances entre foi, cultures et idéologies, l'a également entraîné sur les traces de l'islam radical et de la chrétienté. Dans son plus récent ouvrage, Les Enfants du lotus, c'est le bouddhisme qu'il a voulu cerner.

À l'origine du projet d'Abbas, une photo, celle d'une fillette exécutée par les Khmers rouges. Illustrant un article citant le photographe d'un camp de la mort du Cambodge, elle apparaît à l'écran de son ordinateur en 2007. C'est le déclic de son questionnement: «Comment une société pétrie de compassion bouddhiste a-t-elle pu accepter le massacre ou la mort par la famine du quart de sa population?»

Pendant trois ans, il cherchera une réponse à ce paradoxe auprès de bouddhistes de dix pays d'Asie, et jusqu'en... Dordogne.

De sa quête résulte un formidable album qui raconte — le mieux — en noir et blanc, en gros plans et en cadrages serrés, le quotidien des moines et moinillons, ainsi que les rituels auxquels s'adonnent les fidèles.

En guise d'épilogue, Abbas publie son carnet de voyage, où il commente la beauté et les failles des pratiques bouddhiques de chacune des contrées où il a séjourné. Et ici, ses observations ne sont ni moins fines ni moins critiques que le regard qu'il a porté sur leurs adeptes.

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Collaboratrice du Devoir