Musées - Sous les feux de la rampe

Marie-Ève Charron Collaboration spéciale
Image tirée de 31 soleils (Dawn Chorus), 2010, au Musée d’art contemporain de Montréal, du 7 octobre 2011 au 3 janvier 2012
Photo: Jean-Pierre Aubé Image tirée de 31 soleils (Dawn Chorus), 2010, au Musée d’art contemporain de Montréal, du 7 octobre 2011 au 3 janvier 2012

Ce texte fait partie du cahier spécial Rentrée culturelle 2011

Les musées cet automne feront la part belle à l'art québécois et canadien, qu'il soit du passé ou du présent. L'autre favori de cette saison sera la photographie de tous les horizons, incluant dans son champ la mode, l'émergence de l'art moderne, l'art conceptuel et engagé...

Art du présent et art patrimonial

L'événement le plus attendu est sans conteste la Triennale québécoise du Musée d'art contemporain de Montréal (MACM), qui tiendra sa deuxième édition du 7 octobre au 3 janvier. La première avait offert un panorama assez prévisible sur les pratiques confirmées des dix dernières années. La prochaine promet de mettre l'accent sur de plus jeunes artistes, par qui s'affirmerait ce qu'il y a de plus significatif dans la création des trois dernières années. Comme jamais auparavant, le Musée semble vouloir affirmer un rôle de défricheur. C'est en ce sens qu'il faut notamment entendre le titre de cette Triennale: Le travail qui nous attend.

Refusant de dévoiler avant l'inauguration le nom de la cinquantaine d'artistes participants — hormis celui de Jean-Pierre Aubé dont l'image est offerte par le service de presse —, le MACM entretient le plus grand secret sur l'événement. Aussi, les rumeurs vont bon train. Tout au plus, la conservatrice en chef Marie Fraser a bien voulu donner un aperçu des oeuvres. Installations, vidéos et productions sonores, entre autres, reconsidéreront certains legs de la modernité ou renouvelleront les pratiques de l'art conceptuel et de la performance. D'autres feront de l'écologie et de la nordicité leurs préoccupations.

La Triennale proposera comme nouveauté d'investir les espaces publics dans le MACM et le Foyer culturel de la Place des Arts. Elle se fera vivante aussi, tous les mercredis soir du 12 octobre au 30 novembre, avec un programme gratuit de performances en direct. Finalement, une oeuvre magistrale sera dévoilée le jeudi 6 octobre à la place des Festivals dans le Quartier des spectacles, car cette Triennale compte également briller dans la nuit montréalaise.

L'autre événement majeur de la saison se tiendra au Musée des beaux-arts de Montréal (MBAM), qui inaugurera en grande pompe, le 14 octobre, le nouveau pavillon Claire et Marc Bourgie, consacré aux oeuvres de la collection d'art québécois et canadien. Outre ce redéploiement grandiose — sur six étages, près de 600 oeuvres, dont plusieurs acquisitions récentes d'importance, comme des peintures d'Émily Carr et de Marc-Aurèle Fortin et une sculpture de Brian Jungen —, le MBAM multipliera les occasions de mettre en valeur ses collections.

La directrice Nathalie Bondil y est allée d'une proposition originale en invitant 18 créateurs de différentes disciplines à interpréter une oeuvre de la collection. Nancy Huston et Jennifer Alleyn (littérature, cinéma), Jean Derome (musique), Michel Rabagliati (bande dessinée) et Geneviève Cadieux (arts visuels), entre autres, ont eu carte blanche pour cette exposition nommée Big Bang (du 6 novembre au 22 janvier). Quant à la douzaine de toiles à la gouache vinylique de Michael Merrill, disséminées dans les quatre pavillons du MBAM, elles témoigneront d'un certain regard sur le Musée et son architecture, du 14 octobre au 15 janvier.

Dans l'angle de la caméra


Le Mois de la photo à Montréal à l'habitude d'occuper plusieurs endroits dans la ville, mais il le fait rarement dans les musées. En ce sens, l'exposition de Luis Jacob au Musée McCord, du 2 septembre au 20 novembre, est une exception. L'artiste originaire du Pérou, basé à Toronto, présentera Cabinet (Montréal), projet de collecte et de mise en perspective d'images appropriées, spécialement tirées ici des oeuvres de la collection du Musée

Le Musée national des beaux-arts du Québec poursuit sur une lancée consacrée à la mode, mais cette fois par l'entremise de la photo. Alors qu'elle circule depuis un moment en Europe et aux États-Unis, l'exposition Steichen. Glamour, mode et célébrités. Les années Condé Nast, 1923-1937, la plus consistante sur le sujet, ouvrira à Québec le 27 octobre. Le photographe américain Edward Steichen a pris des clichés des plus grandes vedettes de son temps imposant un style, toujours prégnant aujourd'hui, qui allait faire les belles heures des magazines Vogue et Vanity Fair.

D'autres photographies garniront les cimaises du musée des plaines d'Abraham dans une exposition coproduite avec le Musée Jacquemart-André à Paris, où elle a connu un grand succès, portant sur les frères Caillebotte. Martial faisait de la photographie tandis que Gustave peignait, l'un et l'autre rattachés au naturalisme et à l'impressionnisme, s'intéressant aux rues de Paris et aux paysages de bord de mer qui allaient caractériser les débuts de l'art moderne en France. Du 6 octobre au 8 janvier.

Du côté d'Ottawa, il y en aura aussi pour la photographie. Ce sera plus tard dans la saison, avec une exposition réunissant des photographes américains de la première moitié du XXe siècle, période fertile s'il en est, dont Steichen encore, mais aussi Walker Evans et Lisette Model (du 9 décembre au 1er avril). Mais il faudra surtout surveiller la rétrospective consacrée au Canadien David Askevold. Mort en 2008, il a joué, comme enseignant, un rôle majeur à la Nova Scotia College of Art and Design qui était, dans les années 1970, un lieu névralgique du développement de l'art conceptuel en Amérique du Nord. L'exposition, ouvrant le 7 octobre, survolera toute sa production, comportant entre autres des installations, des vidéos et des photos-textes.

De Goya à Pasolini

Notons aussi, au Musée d'art de Joliette, une programmation tout axée sur les horreurs de la violence. Seront montrées les très célèbres séries de Goya Les Désastres de la guerre — que la galerie Battat avait montrée en 2010, avec Les Misères et les Malheurs de la guerre de Callot, que reprend aussi Joliette — et Les Caprices, des gravures du XIXe siècle qui n'ont sûrement pas perdu de leur actualité. Quant au film Les Cendres de Pasolini (2009), oeuvre d'Alfredo Jaar, il risque de toucher par son hommage au cinéaste italien brutalement assassiné en 1975. L'artiste de New York n'a pas la vie mouvementée connue de Pasolini, mais il partage avec son sujet un goût vif pour l'engagement. Le coup d'envoi sera donné le 25 septembre.

Finalement, le Centre canadien d'architecture fera état, dans En imparfaite santé, des changements opérés dans l'environnement urbain pour faire face aux problèmes de santé causés, entre autres, par la pollution et la nourriture industrielle. L'exposition, qui jettera peut-être un regard différent sur la circulation automobile et ses congestions qui accablent les Montréalais, commencera le 22 octobre.

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Collaboratrice du Devoir

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