Baie-Saint-Paul: un symposium plus zen autour du conte

Le sculpteur et peintre Jimmy Perron, des Éboulements, au travail<br />
Photo: Photo Jeanne Couture Le sculpteur et peintre Jimmy Perron, des Éboulements, au travail

Amorcé il y a une semaine, le 29e Symposium international d'art contemporain de Baie-Saint-Paul est porté par un thème rassembleur, presque facile, collé à Charlevoix. Les Conteurs, titre choisi par le commissaire Stephan St-Laurent, cache néanmoins son lot de surprises.

Troisième jour du Symposium. Il règne un calme inquiétant. Il est vrai que les artistes ne sont attendus qu'à midi. Le gros des activités reste donc à venir. Cette première impression de calme n'est pas trompeuse pour autant: ce 29e Symposium de Baie-Saint-Paul, porté par un thème rassembleur — «Les Conteurs», dit l'intitulé —, se veut plus serein que les éditions précédentes.

Stephan St-Laurent, le commissaire pour une deuxième année de suite, ne s'en cache pas: ce sera plus «zen». Il l'a voulu ainsi, l'expérience de l'an dernier, année axée sur la sculpture, ayant dérangé bien des oreilles. «Il y avait beaucoup de bruit», dit-il.

Immuable rendez-vous du mois d'août, le Symposium de Baie-Saint-Paul poursuit donc sa destinée sur la voie, empruntée depuis plusieurs années, de l'éclectisme et du renouveau. Le même commissaire revient, mais Stephan St-Laurent, chef de file de la galerie SAW d'Ottawa jusqu'à cet été, aime surprendre et ouvrir des brèches. En 2010, son choix d'inclure des artistes tisserands avait étonné. Cette fois, c'est son ouverture vers un autre art, le tatouage, qui risque de faire jaser.

«Je cherche à décloisonner le milieu, affirme l'homme originaire de Moncton. Et je veux que le public soit confronté. Dès le début, c'est bon qu'il soit déstabilisé.»

Contre la bande

Principal trait distinctif de cette édition: l'aire d'exposition, dans ce toujours désagréable aréna situé au milieu de Baie-Saint-Paul, est presque vide. Le coeur de la patinoire n'est occupé que par un îlot de restauration. Les stands des douze artistes ont été repoussés vers la bande. D'où ce calme ambiant.

Le parcours, comme le souhaite le commissaire, déconcerte dès son amorce, avec un minisalon de tatouage. Sur place: chaise, lit et... corps sous le crayon, si c'est votre jour de chance. C'est le stand d'Émilie Roby, «artiste tatoueuse», sans doute une des premières parmi ses pairs à percer ce cénacle de la création. Cette semaine, elle dessinait sur le bras de la comédienne Louise Portal; une quinzaine d'autres volontaires suivront pendant le mois.

Éclatée, mais tirée par quel-ques locomotives de l'art actuel canadien (la Vancouvéroise Rebecca Belmore ou le Manitobain Daniel Barrow, Montréalais depuis peu), la cuvée 2011 est un mélange de gens d'expérience et de nouveaux loups. Parmi eux, Isabelle Demers, de Québec, dont les installations animalières juxtaposent dessin et sculpture; Dominique Pétrin, de Montréal, qui s'amuse à assembler les ornementations les plus exubérantes; le sculpteur et peintre Jimmy Perron, des Éboulements; ou encore Mario Doucette, de Moncton, dont les peintures sur bois sont déjà renommées.

Le présent sous le signe d'antan

Stephan St-Laurent a adopté le thème du conte, un thème sans frontières, sans âge. Un choix qui reflète aussi la création actuelle. En art contemporain, on se nourrit volontiers des univers d'antan. Les pastels à l'esthétique victorienne de Daniel Barrow et les vétustes rétroprojecteurs d'acétates qu'il utilise en sont de bons exemples.

Un certain folklore domine d'ailleurs dans ce Symposium. Stephan St-Laurent a voulu ainsi «rendre hommage à Charlevoix et à sa tradition du conte».

Mario Doucette, dont le dessein ultime est de réécrire l'histoire de l'Acadie, s'est trouvé un sujet local: la légende des oies. Le cri de celles-ci aurait sauvé la population de l'armée de Wolfe, qui s'approchait, menaçante, un peu comme à une autre époque elles auraient protégé Rome. «Je ne sais pas si les gens connaissent cette histoire, mais j'aime les légendes parce qu'elles finissent par paraître véritables», affirme cet artiste, qui reconnaît tout de même «inventer des choses».

Guillermo Trejo, né à Mexico et établi à Ottawa depuis quatre ans, privilégie un autre folklore, celui de l'affiche populiste et déclamatoire. Ses cartels, imprimés dans l'esprit de la gravure traditionnelle, clament des revendications pleines d'ironie, comme le «Moi, je tue» ou «Je ne parle pas anglais» affichés à son stand.

Trejo ne se considère pas comme un conteur. «Je ne raconte pas des histoires, je dénonce des injustices.» À Baie-Saint-Paul, il travaillera sur deux projets, une série de cartes postales inspirées par des «paysages» tirés des journaux et une suite d'essais typographiques à la gouache. «Je veux écrire des choses insensées, mais qui paraissent bien», dit-il.

Parmi les autres surprises, la présence de la cinéaste d'animation et bédéiste Diane Obomsawin. Celle qui se dit incapable de raconter une histoire en une image travaillera pendant le mois sur des gif (images numériques) animés. Son atelier, présenté en fin de symposium, le 27 août, est une des nombreuses activités au menu.

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Collaborateur du Devoir