Photographie - Le troisième oeil

Silva, de Jean-Pierre Legault
Photo: © jean-pierre legault Silva, de Jean-Pierre Legault

Ses récents corpus nous avaient emmenés dans des voyages peu communs sur les plateaux andins. Ils nous poussaient dans des dimensions qui semblaient habitées davantage par des spectres que par des humains en chair et en os. Sa nouvelle série est peut-être moins mystique, elle demeure teintée de ces jeux de lumière qui font sa signature. Le photographe Jean-Pierre Legault, journaliste également au Devoir, parvient encore une fois à nous troubler avec des paysages tirés du réel.

Legault a délaissé les villages boliviens et péruviens et tourné son objectif vers la forêt gaspésienne. Ou devrait-on dire dans la forêt, tellement ses images donnent l'impression de les avaler, lui et son appareil, et par le fait même nous, les visiteurs.

La série Élision, réalisée essentiellement à Sainte-Anne-des-Monts en 2010, est présentée à la galerie Joyce Yahouda. Seules quatre photographies composent l'expo — tout un contraste avec sa précédente, au centre Occurrence, où il y en avait quatorze. Le nombre de clichés ne signifie rien en soi, mais, ici, au Belgo, la petite sélection prend plus d'envergure.

Il faut dire que Legault s'est fait plaisir: l'oeuvre Silva s'étend sur plus de quatre mètres de large et plus de deux mètres de haut. L'image accapare, vous n'en douterez pas. Si on y perçoit assez facilement les arbres captés par l'appareil, ceux-ci prennent une allure surnaturelle. Il est vrai que l'on se trouve le nez collé dessus, que la composition, à l'instar d'un tableau all-over, élimine presque toute notion de perspective. Mais il y a plus. Il a cette lumière très évanescente, des jets de rayons de soleil qui rythment la scène.

Des êtres, des âmes


Les effets tachistes du soleil sur la surface ne sont pas nouveaux. Jean-Pierre Legault n'en abuse pas, excepté peut-être avec la photo Le Chemin, la plus lisible, la moins mystérieuse. Dans Passage, on se retrouve devant une aire dominée par le vert de la mousse qui recouvre les rochers. La lumière, subtile, révèle tout ce qui jonche le sol des bois. Mais surtout, elle lui donne une présence qui contraste avec le personnage très sombre, véritable masse noire de la photo à ses côtés — La Déesse, de la série andine de 2008.

Quoi qu'il en soit, d'une image à l'autre, d'un voyage dans le Sud à une expédition en Gaspésie, Jean-Pierre Legault donne à l'art photographique ce rôle de troisième oeil qu'on lui colle parfois. Y surgissent des êtres, des âmes, des choses qu'on croyait impossibles. On ne peut être que plus ébahi.

Dans la petite salle de la galerie, le directeur de la revue Espace, Serge Fisette, y va de multiples aveux. Celui de son âme artistique, celui de son oeil de collectionneur, celui de sa vie. L'expo Abécédaire en forme de mère, montée avec l'appui de son ami et critique associé Gilles Daigneault, regroupe vingt-six petites sculptures élaborées à partir d'un tiroir. Chaque arrêt, chaque lettre, évoque un moment très personnel. Un livre accompagne l'expo.

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Collaborateur du Devoir

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